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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

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5 novembre 2008 3 05 /11 /novembre /2008 09:47

Ils l'ont fait ! Les Américains ont porté à leur tête celui qui était le plus improbable candidat à la Maison Blanche, il y a seulement quelques années. Je le disais, dans mon dernier post, qu'il y a quelques années un homme comme lui pouvait avoir tout contre lui, aujourd'hui il a tout pour lui. Désormais, et pour au moins quatre années, dans les salons officiels de la politique américaine, on entendra cette annonce : "Ladies and gentlemen, the président of the United States of América, Barack Obama !" c'est inoui ! Quelle leçon magistrale les Américains viennent de nous donner !

En France, nous avons l'habitude de nous moquer gentiment des travers de la société américaine. Mais nous n'en restons pas moins admiratifs devant la capacité incroyable de réaction des Américains. En élisant cet homme improbable, ils ont montré que "l'american dream" n'est pas une vaine expression. Quand on sait qu'il y a moins de cinquante ans, sur cette même terre des Etats-Unis d'Amérique, des hommes et des femmes mourraient du fait de leur couleur de peau, quand on sait que la ségrégation raciale était légale dans certains Etats, on comprend le pas de géant que ce pays a fait franchir à son peuple, en une journée ! Obama lui-même le dit très bien : "A l'époque de ma naissance, même le regard appuyé d'un homme noir sur une femme blanche pouvait le conduire en prison !". Même sa naissance, il y a 47 ans de l'amour d'un Africain Noir et d'une Américaine Blanche, était déjà une forme de défi aux règles établies. Son accession à la magistrature suprême de la plus grande puissance économique et militaire de la planète est une autre forme de défi. Car la tâche est immense ! Mais quel formidable espoir !

Un frisson gigantesque a parcouru le monde cette nuit. A la dimension historique de l'évènement s'est ajoutée une part d'émotion intense. Quand j'ai vu les larmes couler sur les joues de Jesse Jackson, je comprenais ! Le frisson me parcourait aussi. Mes yeux s'embuaient aussi. Le chemin a été si long, si dur, mais le rêve de Martin Luther King, son compagnon de lutte assassiné, était en train de se réaliser sous ses yeux. Un homme qui était blanc et qui était noir aussi, une synthèse humaine, un pont entre les races et les cultures était arrivé à réconcilier Blancs et Noirs dans un même élan patriotique. Le rêve du pasteur King est devenu réalité. Sous nos yeux.

Mon émotion a grandi encore quand, saisi par ces instants exceptionnels, je me suis mis à relire le dernier discours du pasteur King, quelques heures avant sa mort sous les balles d'un extrêmiste. C'était le 3 avril 1968 à Memphis. Il disait à la fin de son discours : "Well, I don't know what will happen now. We've got some difficult days ahead. But it really doesn't matter with me now, because I've been to the Mountaintop ! And I don't mind. Like anybody, I would like to live a long life. Longevity has its place. But I'm not concerned about that now. I just wand to do God's will. And He's allowed me to go up to the mountain. And I've looked over, and I've seen the Promised Land. I may not get there with you. But I want you to know tonight, that we, as a people, will get the Promise Land. And so I'm happy tonight. I'm not worried about anything. I'm not fearing any man. Mine eyes have seen the Glory of the coming of the Lord. " Vous avez dit messianique ? prémonitoire ? visionnaire ? prophétique ? Vous avez raison ! C'est tout celà à la fois. Il savait que ce peuple noir des Etats-Unis qui n'avait connu que souffrance et humiliation atteindrait la Terre Promise. Il savait que ce serait sans lui. Le Seigneur lui avait permis de gravir la Montagne et de jeter un coup d'oeil de l'autre côté pour admirer la Terre Promise. Il fallait qu'il leur annonce celà avant de les quitter pour toujours. Pour qu'ils ne désespèrent pas. Pour entretenir l'Espoir. Et aujourd'hui, cet Espoir porte un nom africain : Obama. J'ignore comment est La Terre Promise dont parlait le Pasteur King. J'ignore quand le peuple noir y sera. Mais je sais, après ce qui vient de se passer, que le chemin pour y arriver existe. Pour qu'enfin Noir ne signifie plus tueries, crimes, guerres, pauvreté, misères, désespérance. Pour le bien de l'Homme. Qu'il soit Noir, Blanc, Jaune ou autre. Pour le mieux vivre ensemble des hommes et des femmes qui peuplent cette planète qui s'appelle la Terre. Et qui est devenue si petite, en quelques années.

Oui j'ai vu mes larmes couler en voyant celles de Jesse Jackson et après avoir relu le pasteur King. Moi qui réagit très rarement de manière émotive. Mais après avoir relu ce texte de Martin Luther, 40 ans après qu'il l'ait prononcé, beaucoup de choses sont remontées en surface. Et l'émotion m'a submergé. L'Histoire des peuples est riche d'enseignements. Mais pris dans le tourbillon de nos vies modernes, nous avons rarement le temps de nous arrêter pour en tirer des leçons. Pourtant, nous vivons des moments qui devraient nous permettre de nous arrêter et de chercher un sens, dans les deux sens du mot, à tout celà. Car il y a une leçon à tirer pour les un uns, un chemin à suivre pour les autres. pourvu que les extrêmistes de tout poil ne viennent faire bégayer l'histoire. Et, chers lecteurs, excusez-moi d'avoir parlé de mon ressenti dans ces colonnes. Mais le moment est exceptionnel. Et les lignes qui précèdent, dans le cadre du lien qui s'est tissé entre vous et moi, le seront aussi.

Ils disaient : "change, we need", puis "change, we can", ils peuvent dire aujourd'hui : "change, we did" !

 

M. Mady DANFAKHA

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4 novembre 2008 2 04 /11 /novembre /2008 14:48

Demain, mercredi 05 novembre 2008, les États-Unis d'Amérique se réveilleront avec un nouvel homme à leur tête. Il s'appellera peut-être John Mc Cain. Il s'appellera peut-être Barack Obama. Et c'est un évènement historique de dimension planétaire. Un évènement politique comme l'Amérique en a rarement vécu !

Ce n'est pas seulement parce que le pays le plus puissant du monde se choisit un nouveau chef. Il en faudrait plus pour que de pauvres paysans asiatiques dans leurs rizières ou que quelques uns de leurs collègues assis sous l'arbre à palabres d'un village sénégalais se demandent : "c'est quand l'élection du président des Américains ?". Ce n'est pas non plus seulement parce que le monde entier s'intéresse à ce qui passe dans la politique américaine depuis le 11 septembre 2001. C'est un peu de cela. Mais c'est surtout, à mes yeux, pour deux raisons que cette élection a pris une dimension planétaire et présente un caractère historique : d'une part l'époque que nous vivons et d'autre part la personnalité peu banale de chacun des deux challengers.

John Mc Cain est un héros comme les Américains les aiment. Les souffrances qu'il a endurées en tant que prisonnier de guerre l'ont rendu proche et sympathique aux yeux de ses compatriotes. On aime s'identifier aux héros. Chaque peuple s'en "construit" un certain nombre. La Fierté nationale en a besoin. Et le parcours qui a suivi en a fait de Mc Cain un redoutable homme politique. Et ne dites surtout pas aux Américains qu'en France, nous adorons les frites "Mc Cain". Ils le prendraient mal...

Quand à Barack Hussein Obama, les lettres qui précèdent suffisent pour montrer à quel point il a une personnalité peu banale et un destin qui l'est encore moins. Avec son état-civil, il avait tout contre lui. Il a réussi à en faire une force. Comme disait le comédien Jamel : "tu n'as aucune chance, alors saisis-la !". Il l'a tellement bien saisie, qu'il se peut que le 44ème président des Etats-Unis d'Amérique s'appelle Barack Obama. Et phénomène extraordinaire, le monde entier voterait Obama. Il soulève les foules. Il enthousiasme les plus blasés. Il parcourt l'Europe en Rock Star. Des hommes politiques étrangers, des artistes, des scientifiques disent ouvertement leur préférence pour lui. Quand à l'Afrique, il y est déjà un héros. Tout ce que l'Afrique compte de croyants prient pour sa victoire. Mais pourquoi lui ? Pourquoi est-ce lui qui met les gens dans cet état-là ? Pour un certain nombre de raisons parmi lesquelles j'ai retenu celles ci-dessous.

D'abord parce qu'il est métis. Ce qui n'est pas la même chose que de dire qu'il est noir, car quand on est le fruit des amours de deux parents de couleurs de peau différentes, on est métis. Et c'est une force. Car sans renier ses origines africaines de par son père (il les revendique même), il a été élevé par une mère et une grand-mère blanches. Ce qui fait de cet homme un pont, une synthèse. il est aussi à l'aise dans le milieu des Noirs les plus pauvres que dans celui de la haute bourgeoisie blanche. Il sait parler aux uns et aux autres sans paraître emprunté. Il fait "vrai et crédible" chez les uns et les autres. Même si ses adversaires politiques ont tenté de le "caser" quelque part. En vain. Il n'est ni noir, ni blanc. Il est noir et il est blanc. Le poète président sénégalais Léopold S. Senghor, de là ou il est, doit avoir le sourire depuis quelque temps, lui qui appelait au métissage culturel, au metissage tout court et à la "civilisation de l'universel". Or Obama est fondamentalement un métis culturel. Mais il le dit mieux que moi. Le 18 mars 2008, lors d'une allocution à Philadelphie il dit ceci : "je suis le fils d'un homme noir originaire du Kenya et d'une femme blanche venant du Kansas. [...] J'ai été élevé par une grand-mère blanche [...] j'ai été dans les meilleurs écoles [..] j'ai épousé une femme noire descendante d'esclaves qui porte en héritage du sang d'esclave". Et il ajoute : "J'ai acquis la conviction que cette nation est plus que la somme de ses composantes !" Tout est dit.

La deuxième raison que je vois à ce phénomène rare vient de ce je disais plus haut. Parce que son origine et son parcours ont fait de lui un "homme partagé" et ouvert, Barack Obama rassure le monde. Il nous rassure. Dans cette époque de peur de l'autre, d'inquiétude face à l'avenir, parfois même de haine de l'autre, qui mieux que cet homme dont l'histoire transcende les races les origines peut rassembler les uns et les autres. Par son refus de se laisser enfermer dans une race, une classe sociale ou dans quelque ghetto, fut-il de luxe, il a cristallisé un espoir immense. Non seulement aux États-Unis d'Amérique, mais dans le monde entier. Les Irakiens rêvent de le voir régler le conflit qui ravage leur pays. Les Palestiniens rêvent de le voir les accompagner, avec plus de détermination, vers l'obtention d'une terre et d'un pays indépendant. Les Israéliens rêvent, sous son mandat, de connaître enfin la paix à côté d'un État palestinien pacifié. Les Africains rêvent d'avoir enfin une oreille attentive au sommet de l'Etat le plus puissant au monde. Et qu'enfin le mot noir signifie autre chose que guerre, misère, crimes, immigration clandestine. Les musulmans du Proche et du Moyen Orient rêvent de pouvoir aimer à nouveau cette Amérique qui, après les avoir fait rêver, les a bannis. Les Afro-Américains rêvent de redevenir fiers de leurs origines. Des hommes et femmes du monde entier rêvent de réconcilier à nouveau l'Amérique et le monde. Cela fait beaucoup. Et il y aura sûrement des déceptions. Qu'il soit élu ou pas. Mais l'espoir, c'est ce qui nous fait vivre et tenir face à l'adversité de la vie. Et quand on en a autant d'un coup, on ne se prive pas.

La dernière raison à ce phénomène nous ramène aux Etats-Unis. Ce pays vient de vivre, pendant les huit années de l'administration Bush fils, l'une des périodes les plus troubles et les plus difficiles de son existence. Depuis le Vietman, les Etats-Unis n'ont pas vécu une période aussi meurtrière pour ses "boys". Un désastre. Et comme si ce malheur ne suffisait pas, ce mandat a vu exploser le problèmes des subprimes qui n'était que le prologue de cette immense crise financière qui, parti des Etats Unis, a embrasé le monde entier. Une grande partie de la population, appuyée par l'Intelligentsia du pays, réclame la fin de ces guerres dans lesquelles le pays est embarqué depuis si longtemps. D'autant que pour certaines, les motifs se sont avérés fallacieux. Et phénomène rarissime dans le pays du libéralisme économique total, les gens demandent que l'Etat les protège des agissements de certaines institutions financières. Et le seul des candidats qui dit ouvertement qu'il faut arrêter le massacre, c'est Obama. et c'est encore lui qui promet de protéger les plus fragiles et même de créer une couverture médicale pour eux.

Vous vous dites après celà, il ne peut pas perdre. Eh bien... il peut perdre. Cela s'est déjà vu aux Etats-Unis. Etre devant dans les sondages jusqu'à la dernière heure... et perdre l'élection. "Change we need", c'est sûr. "Change we can"... on verra demain !

 

M. Mady DANFAKHA

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30 octobre 2006 1 30 /10 /octobre /2006 11:33

Samedi, je venais à peine de mettre en ligne mon dernier post dans lequel je m’indignais de ce nouveau comportement inadmissible dans les banlieues françaises qui consiste à multiplier les incivilités. Sous prétextes de « fêter » l’anniversaire du début des émeutes de l’année dernière. Quitte à pourrir la vie de braves citoyens qui ne demandent qu’à vivre tranquillement. Et j’apprenais qu’à Marseille, des « jeunes » délinquants avaient mis le feu à un bus de la RTM (Régie des transports de Marseille) ! Et ce nouvel incendie de bus prenait un tour plus dramatique que les autres : une jeune franco sénégalaise, brûlée sur 70 % de la surface de son corps lutte aujourd’hui contre la mort !

Quand on lit, dans l’article du journal 20minutes, le témoignage d’un des hommes qui ont essayé de lui porter secours : «Cette femme noire perdait tellement de peau qu'on aurait dit qu'elle était blanche. Je ne pouvais la tenir par aucun endroit tellement elle souffrait » ou « Elle criait : “Ne me lâche pas, je ne veux pas mourir” »… on est submergé par un mélange de colère et d’indignation indescriptible ! Je suis en ce moment traversé par des sentiments et des envies que la décence m’interdit de dire ici. Les médecins marseillais répétaient, il y a encore deux minutes, que cette jeune femme est toujours entre la vie et la mort. J’espère de toutes mes forces qu’elle s’en sortira. Même si nous apprenons que si elle survivait, elle aurait de lourdes séquelles irréversibles ! C’est terrible !

 Alors vous comprendrez aisément, vous qui lisez ces lignes, que je souhaite que les auteurs de cet acte ignoble, imbécile et criminel soient recherchés, traqués sans relâche, retrouvés, jugés et condamnés avec la dernière rigueur. A ce propos, je suis heureux d’apprendre que ce genre de crime fait encourir à ces auteurs trente ans de réclusion criminelle en France ! Parce qu’aujourd’hui, je crois qu’il faut absolument faire payer ces salauds criminels. L’impunité a trop duré ! Et tout doit être mis en œuvre pour les livrer à la justice.

Et je voudrais dire à ceux savent quelque chose qui pourrait permettre d’arrêter les auteurs de ce geste abject et qui se taisent : il y a des moments où la peur ne justifie plus le silence. Il faut justement que cette peur change de camp. Il faut faire passer définitivement à ces êtres immondes l’envie de recommencer. Et il faut dissuader aussi définitivement ceux qui auraient des envies de les imiter de le faire. C’est un acte citoyen de très grande portée si vous êtes républicain laïc, c’est un acte de foi si vous êtes croyant. Quelque soit, par ailleurs le Dieu dans lequel vous croyez. Toutes les religions considèrent qu’attenter à la vie humaine est la pire abomination qui soit ! Par conséquent, si vous savez quelque chose, aidez la police à les coincer.

Puisse cette jeune femme s’en sortir.

 

M. Mady DANFAKHA

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28 octobre 2006 6 28 /10 /octobre /2006 17:40

Ce vendredi 27 octobre 2006, une partie de la France s’est inclinée devant la mémoire des deux jeunes de Clichy Sous Bois (ville de la banlieue parisienne) morts électrocutés il y a deux ans dans un transformateur électrique, après une course poursuite avec la police. Toute perte de vie humaine est douloureuse. Quand il s’agit de deux adolescents, et dans les circonstances que l’on sait… L’émotion était palpable. Le recueillement a été digne.

Cet événement malheureux avait été le point de départ de trois semaines d’émeutes qui ont mis le feu aux périphéries des grandes villes françaises. J’en ai déjà longuement parlé dans les colonnes de ce blog. Dans un premier article, je m’étais penché sur les causes profondes de cette folie incendiaire qui avait pris des allures suicidaires. Ensuite, j’ai tenté d’en tirer les enseignements. Il paraît qu’ on apprend toujours plus de nos échecs que de nos réussites. Comme je n’ai aucun doute sur le fait que ces évènements de l’année dernière illustrent un échec patent d’une certaine façon de gérer les problèmes de la partie la plus vulnérable de la société, je suppose qu’une fois que les leçons seront tirées, on aura beaucoup appris !

Aujourd’hui, mon propos n’est donc pas de revenir sur les évènements consécutifs à la mort de Bouna Traoré et Zyed Benna, mais de dire stop ! Stop à une dérive qui n’a plus rien à voir avec un quelconque ras-le-bol. Avec quelque revendication sociale que ce soit !

Car enfin ! Comment peut-on justifier qu’un an après ce que nous avons vécu, des voyous – car c’est comme cela qu’il faut les appeler – se permettent encore de mettre le feu à des bus de transport public. De tenter ainsi de réinstaller la banlieue dans une ambiance suffocante. De nous faire un remake de l’automne 2005, sans aucune légitimité. Si tant est qu'on puisse légitimer la violence ! C’est intolérable. Et il faut le dire.

Le résultat de ces comportements imbéciles : mettre un peu plus en difficulté des femmes et des hommes qui sont déjà en situation sociale précaire. Ceux qui ont péniblement réussi à avoir un emploi ont, dans ces quartiers, du mal à se rendre à leur travail aujourd'hui. Ceux qui en cherchent auront encore plus de mal à en trouver. La stigmatisation va crescendo. Et je ne parle même pas de l’exemple catastrophique donné aux plus petits qui finissent par croire que c’est normal de jeter des cailloux sur les policiers et les pompiers, que brûler un bus est un jeu très marrant ! Non ! Non ! Et non ! Ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui, il est plus qu’urgent de se battre contre cet état de fait.

Bien sûr que la mixité sociale est actuellement une sorte Graal en banlieues. Bien sûr que l’écrasante majorité des populations habitants de ces quartiers est d’origine africaine (maghrébine ou négro-africaine, qu’importe !). Bien sûr que la discrimination à l’embauche ou au logement est une réalité. Les raisons de réclamer un changement de la situation ne manquent certainement pas. Mais est-ce une raison de continuer à se tirer des balles dans le pied ? Il faut se battre certes. Mais de façon responsable. Et être responsable, c’est dire deux ou trois choses simples mais claires pour remettre les idées en place. Et arrêter ainsi avec des clichés trop faciles.

D’abord, la police française n’est pas contre les populations d’origine africaine. Quand bien même, on trouverait dans ses rangs d’authentiques racistes qui rêvent tous les matins en prenant leur poste de « se faire un petit bronzé ». Ceux-là on les combat, par la loi. Et nous ne sommes pas en 1977 dans les rues de Johannesbourg ou de Sowéto !

La France n’est pas un pays raciste. Quand bien même on y croiserait des hommes et des femmes qui rêvent encore d’une France monocolore, que dis-je… d’une France décolorée ! Ceux-là sont une minorité, même si leur pouvoir de nuisance est inquiétant. Il faut les traquer et les traduire devant les tribunaux de la république. La loi française en donne largement les moyens.

Quand on est né de parents d’origine africaine, ce n’est pas foutu d’avance. La république française offre la possibilité de se hisser très haut dans la société. A condition d’y croire, et de se battre pour faire exploser le « plafond de verre ».

C’est absolument faux de dire que la carte d’électeur ne sert à rien. Le bulletin de vote est l’arme absolue en démocratie. Voter est le geste ultime de l’expression citoyenne. Il y en a d’autres. Mais celui-ci est redoutable et … redouté ! De toutes façons, comme disait quelqu’un de très inspiré : « si vous ne vous occupez pas de la politique, la politique s’occupera de vous ! »

Jouer les caïds de banlieues est devenu ringard ! Aimer l’école, aimer apprendre, s’élever par le savoir, aller chercher les diplômes les plus élevés , intégrer les écoles les plus prestigieuses, être utile à son pays… Oui, ça c’est à la mode. Et c'est possible. Intégrer Sciences Po ou l’X (l’Ecole polytechnique) quand notre papa a été éboueur dans les rues de Paris, Lyon ou Marseille. Oui, ça c’est le pied ! Alors qu’on arrête de présenter à nos gamins ces cancres de 20 ans qui après un deal de quelques kilos de cocaïne roulent en cabriolet BMW ou Saab. Comme on dit au Sénégal, on finira par leur « cacher le soleil » !

Il est plus que temps d’arrêter avec ce discours de compassion vis a vis de voyous qui ne font que nuire à ceux qu’ils utilisent comme prétextes. Soyons responsables. Le combat est ailleurs. Autrement.

 

M. Mady DANFAKHA

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 19:32

Ce mercredi 10 mai 2006, la France commémore la mémoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions. C’est la première fois, en France, qu’une journée est consacrée au souvenir de ces pages sombres de l’histoire humaine. Et cette date du 10 mai est désormais inscrite dans le calendrier de la république française par la volonté de son président, monsieur Chirac.

En effet, c’est en janvier dernier que le chef de l’Etat français a pris la décision de faire du 10 mai de chaque année une journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition. Et cela pour, comme l’a précisé ce mercredi 10 mai 2006 monsieur Chirac lui-même, « regarder tout notre passé en face, sans concession mais sans rougir ». Voila qui est pour le moins clair et précis. Et pourtant que de polémiques, que de prises de positions et que d’incompréhensions aura suscitées cette décision du président français. Pour ma part, je trouve qu’une telle journée était non seulement nécessaire mais qu’elle ne doit être que le début de quelque chose. Le début d'un processus. Celui qui doit amener chaque Français - quelque soit son origine par ailleurs - à mesurer le poids de l'histoire commune. Pas un aboutissement.

Avant de vous dire pourquoi pour moi il était important qu'un jour soit dédié à la mémoire de ces faits, je voudrais saluer cette décision du président Chirac. Il fallait le faire. Il l’a fait. On peut penser ce qu’on veut de son action à la tête de la France , l’Histoire, elle, retiendra qu’il est le président français qui a pris cette décision. Le commerce abominable des Noirs a été aboli en France depuis plus d’un siècle et demi. Combien d’hommes ont dirigé ce pays depuis ? Il en fallait un pour dire qu’il faut une journée pour que la république rende hommage à ceux qui ont été victimes de cet innommable traitement. Il a été celui-là.

Je parlais plus haut des polémiques qui ont entouré cette célébration. La première est venue de… la communauté noire elle-même ! Eh oui. Les Noirs de France de France se sont déchirés sur la date à retenir. Certains voulaient que la journée officielle soit célébrée le 23 mai (car le 23 mai 1998 a eu lieu la première manifestation d’envergure à Paris pour réclamer la reconnaissance de ce crime contre l’humanité qu’a été l’esclavage), d’autres voulaient la date du 27 avril (c’est le 27 avril 1848 qu’est paru le décret abolissant l’esclavage en France). Le président a choisi le 10 mai date anniversaire du vote d’un texte de loi porté par la députée guyanaise Christiane Taubira qui faisant de la Traite négrière et de l’esclavage des crimes contre l’humanité. Soit. Je trouve cette polémique inutile et dangereuse car elle ne peut que saper l’unité nécessaire à des gens qui se battent pour leurs droits de citoyens.

La seconde polémique est celle-là plus sérieuse et autrement plus inquiétante : elle vient de ceux qui sont partisans du statu quo. En effet pour eux, tout va bien. Dormez braves gens, il n’y a que les fauteurs de troubles pour oser réclamer une journée en mémoire de la Traite des Noirs. Et en plus, «  la France n’a pas à s’excuser en permanence de ce qu’elle a fait » et puis « y en a marre de cette repentance permanente »… Les initiateurs de ce courant sont venus naturellement de l’extrême droite politique. Mais très vite des gens de la société civile à qui on ne connaissait pas de tels penchants se sont mis eux aussi à trouver « inopportune » cette décision du président de la république. Bref, ils ne veulent surtout pas entendre parler de commémoration de quoi que soit d’autres que des victoires, des hauts faits de Grande et Puissante France d’antan ! A ces gens j’ai envie de dire : « vous n’y êtes pas du tout ! » Car enfin, il faut être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte de ces sortes de vies parallèles que mènent deux parties d’une même société. Combien de discriminations faudra-t-il constater, combien d’émeutes faudra-t-il déplorer dans les banlieues, combien de crimes racistes sur les bords de Seine il va falloir supporter pour comprendre que ce devoir de mémoire est absolument nécessaire. Pour comprendre que c’est une des voies de l’apaisement de la cohabitation entre tous les membres de la communauté nationale.

Cette journée, c’est moins pour ressasser des rancoeurs que pour se dire : « plus jamais ça ! ». De se dire : « des hommes ont été capables de cela aussi ! ». Pour avancer de façon positive. Et dans la continuité de cela, je pense que les historiens de tous bords devront commencer à se pencher sérieusement sur cette période et nous faire partager les résultats de leurs recherches à travers des ouvrages à grande diffusion (et pas seulement cantonnés aux milieux universitaires). Juste pour que l'on sache. Comme cela a été bien et utilement fait pour la barbarie nazie contre les juifs. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de comparer, ni de hiérarchiser les souffrances ! Pas de « à horreur, horreur et demi ! » Il s'agit simplement de combattre l'ignorance. Car, à mon avis, c'est l'ignorance qui est à la base la plupart de nos malentendus et de la persistance de certains clichés.

 Car au-delà des demandes de reconnaissance de crimes des uns et des refus de repentance permanente des autres, il y a un vrai problème aujourd'hui autour de la question des Noirs de France . Et, pour moi, ce malaise qui empêche de vivre ensemble de façon harmonieuse, prend sa source dans une sorte de résidu de complexe de supériorité fortement nostalgique des uns d'une part et d'une réelle difficulté à se débarrasser de l'habit du "colonisé", de la "victime" de traite négrière, de l'originaire du continent le plus "malheureux" etc. d'autre part. Et tout cela parce que les choses ne sont pas dites, ne sont pas expliquées et ne sont pas, in fine, comprises. C'est pour cela qu'il me paraît important qu'il y ait une date pour s'arrêter, réfléchir, dire et expliquer les choses.

 Dans le même ordre d’idées, je pense que c'est une excellente chose que l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la colonisation » soit supprimé et non « réécrit ». Voila une maladresse qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques sur le « mieux vivre ensemble » auquel nous devons tous aspirer.

Finalement cette première journée de la mémoire a bénéfié du service minimum : une inauguration par le président de la république d'un monument au parc du Luxembourg à Paris, quelques actions symboliques dans certaines écoles (lecture de poèmes de Senghor et de Césaire) et quelques conférences. Espérons qu'avec le temps, cette journée connaîtra un peu plus d'ampleur. Pour que les choses soient dites. Et surtout mieux entendues, donc mieux comprises. Pour qu'un jour, un Français à la peau noire oublie qu'il a la peau noire. Et qu'il se revendique juste comme un Français qui aime son pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

 

 

 

 

- La documentation sur l'esclavage mise en ligne par l'émission Thalassa de la chaîne française France 3, après un formidable numéro diffusé le vendredi 05 mai 2006 intitulée "esclavages d'hier et d'aujourd'hui".

- Toujours sur le site de l'émission Thalassa, les liens utiles pour aller plus loin sur le sujet.

- Lire l'interview de Boubacar Joseph Ndiaye, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée au large de Dakar (au Sénégal), sur Afrik.com.

 

M. Mady DANFAKHA

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21 avril 2006 5 21 /04 /avril /2006 08:37

Hier, en écoutant Radio France International (RFI), la radio qui me permet de rester en contact avec le Sénégal et l’Afrique, un petit reportage m’a fait sursauter. Il s’agissait de l’entretien accordé à RFI par monsieur Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival de Cannes 2006. Dans cette interview, en parlant de la présence de messieurs Souleymane Cissé (dans le jury de la Cinéfondation et des courts métrages) et Abderrahmane Sissako (qui présente, hors compétition, son film Bamako), monsieur Frémaux a souligné que « l’Afrique est un pays... » qui comptait beaucoup pour les organisateurs du Festival de Cannes ! Allons donc ! L’Afrique serait un pays ! Je ne me permettrais pas de douter de l’intérêt que porte ce monsieur au continent noir, mais tout de même ! Quand on confond continent et pays, au mieux il s’agit lapsus révélateur… (de quoi d’ailleurs ?), au pire, il s’agit d’un manque d’intérêt évident voire d’une méconnaissance totale de l’Afrique. Dans les deux cas, la démonstration de l’intérêt que porte le Festival à ce continent entier qu’est l’Afrique est faussée. Comment peut peut-on montrer de l’intérêt (dans le sens noble du mot) pour un continent qu’on réduit, dans ses propos, à un pays !

Je ne me serais sûrement pas arrêté à cette « petite bourde » de monsieur le Directeur artistique du Festival de Cannes si je n’avais constaté cette propension de beaucoup (beaucoup trop pour moi) de gens, en France, de parler de l’Afrique comme d’un pays. Alors que ce continent compte plus de 50 Etats souverains ! Et c’est, pour le moins, énervant. Pour ces gens, l’Afrique est devenue tellement quantité négligeable que ce n’est même plus la peine de distinguer le Nigéria du Mali ou la Cote d’Ivoire du Zimbabwé. C’est tout pareil. Tous des Etats noirs, pauvres, et empêtrés tous dans toutes sortes de difficultés. Les pires fléaux s’y déroulent. Voila, c’est la même chose partout. Alors on réduit tout cela à un pays qui s’appelle l’Afrique. On en est là. Dans certains esprits. Et c’est catastrophique. Parce que derrière une telle réduction se cache une condescendance, un paternalisme, voire – par moments – un mépris qui font le lit de toutes les xénophobies (cachées ou avouées) et de toutes les incompréhensions. Et ce n’est pas tolérable, surtout de la part de personnalités qui ont la chance de voyager, de rencontrer d’autres cultures, d’autres pays.

Et cela me rappelle une scène que j’ai personnellement vécue, alors que j’étais étudiant en province. A la cafétéria de la cité universitaire un étudiant Sénégalais qui discutait avec moi en Wolof (une des langues nationales du Sénégal) s’est vu apostropher par un des ses copains de fac, Français, en ces termes : « je ne me suis pas trompé, tu lui parlais en Africain ? » et l’autre de répondre du tac au tac : « parce que toi, tu me parles en Européen peut-être ! ». Réduction… quand tu nous tiens !

 

M. Mady DANFAKHA

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15 avril 2006 6 15 /04 /avril /2006 17:43

Il y a un an exactement, le 15 avril 2005, l'Hôtel "Paris Opéra" brûlait dans un incendie aussi stupide que meurtrier : 24 morts dont 10 enfants. C'était le début d'une série terrible d'incendies d'immeubles ou d'hôtels abritant des Africains. La communauté africaine de la capitale française allait payer un lourd prix : une cinquantaine de morts ! Arrêtons-nous pour nous souvenir. Pour que jamais cela ne recommence.Une marche silencieuse est prévue ce samedi 15 avril 2006, à partir de 17 heures, rue de Provence.

Relire l'article 1 et l'article 2 que Jdsblog a consacré à ces incendies meurtriers.

M. Mady DANFAKHA

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15 janvier 2006 7 15 /01 /janvier /2006 17:55

Le rallye automobile, autrefois appelé le rallye "Paris-Dakar" et qui pourrait s'appeler, pour l'édition 2006, le rallye "Lisboa-Dakar", s'est achevé aujourd'hui sur les bords du Lac Rose à quelques kilomètres de Dakar, la capitale sénégalaise. L'histoire retiendra sûrement que c'est Marc Coma qui a gagné la course pour les motos et que c'est l'ancien skieur français Luc Alphand qui a remporté l'épreuve du côté des autos. Cette même histoire retiendra-t-elle que ce rallye a été meurtrier à plusieurs reprises ? Et de la pire des manières : des enfants africains (un petit Guinéen de 10 ans et un petit Sénégalais de 12 ans) ont perdu la vie. Tués par ces monstres mécaniques qui sillonnent à vive allure les pistes et routes du continent. Alors je repose la question : retiendra-t-on qu'en deux étapes (entre Labé en Guinée et Tambacounda au Sénégal d'abord, puis entre Tambacounda et Dakar), en deux jours, le rallye "Dakar 2006" a tué deux enfants ? Au vu de ce qui s'est passé lors des autres éditions, j'ai malheureusement le sentiment qu'on oubliera vite ces deux familles endeuillées quelque part en Afrique.

En effet, ce Rallye créé par le Français Thierry Sabine en 1978 devient de plus en plus meurtrier au fil des éditions. D'ailleurs, son créateur lui-même a perdu la vie en compagnie du chanteur Daniel Balavoine et de deux autres membres de l'organisation lors de l'édition 1986. C'était le 14 janvier 1986. Cruauté du sort ou inconscience de l'être humain, exactement 20 ans après, le samedi 14 janvier 2006, ce même rallye prenait la vie d'un petit Sénégalais ! Et en plus des morts "civils", des participants et organisateurs perdent la vie régulièrement. Les deux plus récentes victimes : Le motard Italien Fabrizio Meoni perdit la vie le 11 janvier 2005 et pour l'édition qui vient de se terminer, c'est l'Australien Andy Caldecott qui nous quittait le 9 janvier 2006 victime à son tour de cette chevauchée infernale ! Et le pire c'est que Fabrizio Meoni et Andy Caldecott sont morts presque au même endroit !

Alors, je pense qu'il est vraiment grand temps que la Sécurité soit la priorité des priorités de ce genre d'épreuve. Il devient insupportable que chaque année, en janvier, des familles commencent l'année par des deuils qui pourraient être évités. Il faut faire quelque chose. Et d'urgence ! Et si l'édition 2007 avait des envies de ressembler à celle de 2006, il faudrait alors penser à supprimer tout simplement cette meurtrière épreuve.

 

M. Mady DANFAKHA

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18 décembre 2005 7 18 /12 /décembre /2005 20:41

Aujourd'hui, les émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises sont derrière nous. Les quartiers pudiquement dits "sensibles" ont retrouvé leur calme. Plus de voitures incendiées tous les soirs. Plus d'ouverture de journaux télévisés avec "1322 véhicules brûlés, soit une augmentation de...". Plus d'images d'envoyés spéciaux des chaînes de télévision du monde entier "en direct de" (ou "live from", c'est selon !) sur fond de courses poursuites entre policiers et jeunes émeutiers ! Les habitants des villes qui ont été le théâtre de ces violences urbaines peuvent désormais dormir la nuit. Et c'est tant mieux. N'en déplaise à certains pyromanes d'un autre type qui avaient vu dans ces évènements une occasion inespérée de nous rejouer le "choc des cultures" et qui ont applaudi à tout rompre à l'instauration de l'état d'urgence dans le pays.
Il me semble que l'heure de la réflexion loin des passions, puis de l'action salutaire  est venue. Il me semble qu'après ce que nous avons vécu, on doit être amené à chercher sérieusement les causes profondes d'une telle situation et à chercher tout aussi sérieusement les solutions durables qui permettraient de ne plus vivre un tel chaos social. Il en va de l'intérêt de tous ceux qui vivent dans ce pays. Et pourtant ce n'est pas vraiment ce que je constate. Les voitures calcinées ont à peine refroidi que des responsables politiques, des leaders d'opinion, des intellectuels de renom se sont mis à étaler dans la presse écrite ou devant les micros et caméras leur "explication des causes" de ce qui venait de se passer. Et ces initiatives sont loin d'être heureuses.

C'est Hélène Carrere d'Encausse, membre de l'académie française, qui envoie la première salve. Dans une interview accordée à la chaîne de télévision russe NTV, elle disait ceci : " Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d'Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s'étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l'école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C'est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et 25 enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues." Et vlan ! Ces propos se passent de commentaires. La chasse était ouverte. Haro sur le baudet africain. Et pan sur la polygamie, cette calamité apportée par les Africains sur le sol français. Les clichés ont la vie dure, mais tout de même ! Le ton étant donné, un ministre du gouvernement, Gerard Larcher s'est cru obligé d'ajouter que "la polygamie était responsable des dernières violences urbaines" !

Dans le même temps, Claude Imbert, éditorialiste de l'hebdomadaire "Le Point" prit sa plume pour quelques explications. Je le cite : "Car enfin, le déferlement, depuis trente ans, d'une immigration incontrôlée si étrangère à nos croyances, à nos mœurs et à nos lois avait d'ailleurs compromis le lent travail de biologie sociale que requiert une intégration heureuse, et d'ailleurs nécessaire. Le flux - celui surtout d'Afrique noire – sans cesse grossi par le regroupement familial – voire polygame, loin d'irriguer calmement la nation, aura constitué ces poches stagnantes où grouillent de mauvaises fièvres."  C'est dit. Je me dois de vous préciser que monsieur Imbert n'en est pas à sa première provocation. En septembre 2002, il écrivait dans son journal un éditorial qui laissait peu de place au doute quant à ses sentiments vis a vis de l'islam et des musulmans (cliquer ici pour lire le texte intégral). Il commençait son éditorial avec ces mots : " « La plus con des religions » : le mot de Houellebecq est à l'emporte-pièce. Mais il exprime un jugement lapidaire partagé par une majorité de Français. En français de bistrot, il veut dire « la religion la plus obscurantiste ». Que des bigots de la clique islamique songent à le faire condamner en justice laisse pantois. Où se croient-ils donc ? Au Yémen, au Nigeria ? Pensent-ils qu'un tribunal français puisse censurer l'irrespect sceptique d'une tradition laïque qui est, chez nous, l'oxygène de la République ? Voltaire, qui l'eût cru ? ". Cela a le mérite d'être clair.

Quelques jours après ces sorties, pour le moins tranchées, c'est un philosophe français de renom, Alain Finkielkraut qui jette à son tour un pavé dans la marre. Dans une interview donné au quotidien israelien Haaretz, cet intellectuel de renom et très médiatique a eu ces propos : "on voudrait réduire les émeutes en banlieue à leur dimension sociale or la plupart des émeutiers sont noirs ou arabes avec une identité musulmane. C'était une révolte à caractère ethnique et religieux" ! Comme entrée en matière, c'est du lourd ! Et le reste de l'interview est à l'avenant. Même si monsieur Finkielkraut a essayé maladroitement de se dédouaner, après le scandale provoqué par cet entretien dans le quotidien israelien, sur les ondes de la radio française Europe1 chez Jean-Pierre Elkabbach, le mal était fait ! Il a même tenté de présenter des excuses très peu convaincantes.

Ces quelques exemples montrent à quel point ces émeutes de banlieues ont fait tomber bien des masques. Désormais, l’opinion publique sait que ce n’est pas seulement de l’extrême droite qu’il faut se méfier.

Malgré tout, je reste optimiste sur l’avenir de la France en tant que nation multiraciale, métissée et même multiculturelle. Parce que c’est le sens de l’histoire. Et ce pays sera fort et rayonnant justement parce qu’il sera composé d’hommes et de femmes venus d’horizons divers, de cultures différentes, de religions différentes et ayant un même amour du pays qui les a accueillis. Un même attachement au rayonnement de ce pays qui est désormais le leur. Pour lequel ils seront prêts à se battre sans retenue. Pourvu seulement qu’on leur donne des raisons de croire qu’ils sont chez eux. Qu’ils ont les mêmes droits et devoirs que les autres. Les mêmes chances aussi. Ce n’est pas de l’angélisme. Cette vision fait partie du champ des possibles.

Pour que cela devienne réalité, il faut bien sûr des moyens mais surtout une vraie volonté politique d’y arriver. C’est pourquoi, aux politiques de tous bords, je demanderai de mesurer la responsabilité historique qui est la leur aujourd’hui et d’accepter d’aller dans le sens de l’histoire. Aux habitants des banlieues françaises, surtout aux plus jeunes, je demande de se saisir désormais de l’arme absolue : la carte d’électeur. Engagez-vous, faites des choix, votez pour que les choses changent. Prenez au mot les hommes et femmes politiques. Aujourd’hui, vous entendez beaucoup de promesses d’un meilleur vivre. Montrez-leur que vous pouvez décider de votre avenir sans violence, de façon responsable et respectueuse des lois et règlements. Il en va de votre avenir, de celui de votre pays. Ne laissez pas d’autres décider à votre place.

Les Hélène Carrere d’Encausse, Claude Imbert et autres Alain Finkielkraut passeront. La France , votre pays, restera. Elle sera ce que les Français en feront, tous ensemble, d'où qu'ils viennent.

Malgré tout ce qu’ils peuvent dire ou faire, ces jeunes Français, dont les Français sont venus chercher un mieux être en France, aiment leur pays ! Malgré tout ce qu’on essaie de nous faire  croire depuis ces malheureuses journées d’émeutes. Ces gamins aiment leur pays, ils n'aiment pas ce qu'il est devenu à force de politiques de l'autruche. Il y a juste un décalage entre ce qu’ils sont en droit d’attendre et ce qui se passe réellement autour d’eux. La France a les moyens de changer cet état de fait si tant est que ses dirigeants en aient la volonté.

Lire le verbatim de l'interview d'Alain Finkielkraut chez J.-P. Elkabbach

Ecouter Alain Finkielkraut interviewé par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe1

 

M. Mady DANFAKHA

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14 décembre 2005 3 14 /12 /décembre /2005 15:17

A Tambacounda (ville du sud-est du Sénégal, rendu célèbre par le rallye Paris Dakar entre autres), depuis le 06 décembre 2005, sévit une grève des élèves de Lycée et collège. Et cette grève, déjà trop longue à mon avis, a malheureusement eu une conséquence tragique déjà. Selon le quotidien Walfadjri, un enfant de quatre ans, à Médina Coura (un quartier de la ville), a trouvé la mort des suites de blessures (traumatisme crânien). Le pauvre petit garçon, à la vue des élèves manifestants poursuivis par la police, aurait tenté de s’abriter derrière un panneau. La foule aurait alors, dans sa course, renversé le panneau sur le garçonnet, l’écrasant sous leurs pas. Le gamin, gravement blessé, aurait succombé à ses blessures à l’Hôpital Régional de la ville. Cet évènement malheureux, s’il s’avère s’être déroulé de la manière dont l’a relaté le quotidien dakarois, est grave et m’amène à quelques réflexions.

D’abord, comment se fait-il qu’un si jeune garçon soit dans la rue sans surveillance parentale (ou tout au moins de quelqu’un de plus mûr à défaut d’adulte) dans une telle situation ? Dans une rue transformée en champ de bataille par des étudiants affrontant la police où les grenades lacrymogènes répondent aux jets de pierres. J’ai peine à croire que c’était vraiment par négligence que cet enfant a eu cette fin tragique. Ce serait terrible. Car rien n’est plus insupportable que la mort d’un enfant. Alors, dans ces conditions… De toutes façons, il faut absolument qu’il y ait une enquête administrative et judiciaire pour éclaircir les conditions dans lesquelles ce gamin a perdu la vie.

La deuxième réflexion qui me vient a trait a cette répétition, chez nous, de la revendication scolaire ou estudiantine violente et récurrente. Pourquoi perdons-nous régulièrement des semaines de cours pour des demandes pour le moins légitimes ? Pourquoi, à chaque fois, la violence s’en mêle-t-elle ? Je n’ai pas vraiment la réponse à ces questions. Ce que je sais, c’est que de notre génération (lycéens dans les années 80) à ces jeunes d’aujourd’hui, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Résultat : une éducation nationale qui perd énormément en efficacité. Et ce sont les mêmes qui trinquent : ceux dont les parents n’ont pas les moyens de payer une école privée ou des cours de soutien à domicile. L’échec scolaire s’étend et devient précoce. Le désespoir, dès lors, s’empare d’une partie importante de la jeunesse. De galère en débrouille, on se met à rêver de quitter le pays. On rêve d’ailleurs et finit par… Ceuta et Melilla ne sont que la fin d’un long processus.

Alors mesdames et messieurs qui nous gouvernent, penchez-vous sur ces problèmes de l’éducation dans nos pays. Tant qu’à être atteints de « réunionite aiguë », soyons prêts à organiser, au moins une grande réunion sur ce thème-là. Et puissions-nous en tirer des raisons de croire que notre jeunesse n’est pas perdue. Il en va de notre survie, c’est sûr. Mais il en va aussi de notre crédibilité en tant que partie agissante de cette communauté qu’on appelle : l’Humanité.

Lire l’article de Walfadjri.

 

M. Mady DANFAKHA

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