Mercredi 6 janvier 2010
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Mes chers
lecteurs,
Pour moi, ce n'est pas seulement sacrifier à une tradition que de vous souhaiter une année nouvelle meilleure que celle que nous venons de quitter. C'est aussi, et surtout, l'occasion de formuler
des vœux de mieux-vivre-ensemble pour vous et moi dans ces deux pays qui me sont chers - la France et le Sénégal - d'une part, et dans le reste de ce monde qui est le notre d’autre
part.
En effet, cette année 2010 est grosse de
menaces dont nous ne souhaitons pas qu’elle accouche. Jugez par vous-même. Au Sénégal, l’érection du « Monument de la Renaissance Africaine » décidée par le président de la République a
suscité des polémiques et des dérapages qui menacent aujourd’hui l’une des plus grandes fiertés du peuple sénégalais : la coexistence pacifique et harmonieuse, depuis de longues décennies,
de populations de croyances religieuses différentes. Des propos et prises de position malheureux pourraient générer des replis communautaires. Le Sénégal n’en a pas besoin. Surtout
maintenant. Heureusement, ce pays compte des femmes et des hommes de très grande valeur humaine qui, j’en suis sûr, sauront ramener tout le monde sur le chemin de l’essentiel : le mieux être
des populations qui vivent au Sénégal. D’où qu’elles viennent. Qu’importe ce en quoi elles croient. Puisse 2010 voir s’éteindre ces antagonismes fabriqués de toutes pièces.
En France, des débats polémiques ont vu le
jour en 2009. Des débats lourds de menaces. Le premier qui m’a interpellé a été le débat sur la « Burqa », ce voile intégral qui couvre le corps et le visage de certaines femmes
musulmanes. Le second a été initié par le ministre de l’immigration et de l’identité nationale : un débat sur l’identité nationale française.
Sur le premier débat je me suis juste dit,
en voyant les grands cris de certains réclamant une loi pour interdire en France le port de cet habit par les femmes et d’autres qui souhaitaient qu’on laisse tranquilles ces femmes qui ne sont
qu’une infime minorité, « est-ce qu’on s’est posé la question du pourquoi de l’apparition de cet habillement dans les rues des villes françaises. Comment en est-on arrivé là ? ».
Je vois d’ici certains sourires me répondant « mon pauvre ami, tu ne vois donc pas qu’on est envahi par les intégristes musulmans ? »… C’est trop simple. Depuis très longtemps, la
France compte dans sa population une part non négligeable de musulmans. Cela n’a jamais été un problème. Pourquoi dans les cinq dernières années, on a vu apparaître cette singularisation d’une
partie des femmes françaises ? Repli communautaire… quand tu nous tiens ! Il me semble qu’aujourd’hui avant de penser à faire une loi interdisant la « burqa », il faudrait
d’abord faire en sorte que chaque femme française se sente pleinement française. Que la République lui montre qu’elle a des devoirs certes, mais aussi qu’elle a des droits. En particulier celui
de croire en ce qu’elle veut sans risquer d’être mise de côté. Les discriminations à l’emploi, au logement, à l’accès à certains services de la République du fait de ses croyances font le lit de
tous les extrémismes.
Le second débat, sur l’identité nationale
française, si je faisais de l’intellectualisme, pourrait être considérée comme un non débat, non nécessaire. Car, par essence, l’identité d’un peuple est mouvante, changeante. A chaque époque
correspond une identité qui unit tous ceux qui se réclament de la République française. Vouloir la définir à un moment donné de l’histoire, c’est la figer. Donc la tuer. Admettons cependant qu’il
faille poser ce débat. Ne serait-ce que le temps de comprendre ces motivations. A partir du moment où tous les Français sont appelés, par le ministre en charge du dossier, à donner leur avis sur
la question, la parole est libérée. Et on aurait pu justement dire à quel point il y avait un risque à fixer une identité à un moment donné de l’histoire. Au lieu de cela, on a vu des dérapages
intolérables dans les propos des uns et des autres. La boîte de Pandore est ouverte ! Le démon du racisme et de la xénophobie qu’on croyait enfermé pour quelques années resurgit pour
s’emparer des esprits. Puisse 2010 voir les esprits revenir à des joutes intellectuelles apaisées. J’y crois. Car une des grandes forces de la France, c’est d’être un pays qui compte en son sein
des intellectuels intransigeants en grande quantité. On ne peut pas, en France, dire et faire n’importe quoi sans qu’une réplique cinglante ne vienne immédiatement de la plume d’un autre
Français. On ne peut tenir longtemps une position intellectuellement indéfendable.
Je souhaite donc à toutes et à tous une
excellente année 2010.
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