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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

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11 novembre 2005 5 11 /11 /novembre /2005 00:00

Depuis une quinzaine de jours, la France entière vit une de ses crises sociales les plus graves : les banlieues des grandes villes sont en feu ! Au sens figuré, mais surtout - et c'est le plus grave - au sens propre ! Les voitures d'abord, puis les bâtiments publics y compris les écoles. Tout flambe ! La situation est tellement grave que le premier ministre a eu recours à une loi d'exception : l'état d'urgence ! Et pourquoi tout cela ? Comment en est-on arrivé là ?

Au départ, il y a la mort tragique de deux jeunes garçons. Se croyant poursuivis par la police (qui s'occupait de quelques délinquants du coin), ces gamins se sont réfugiés dans un local qui abritait un transformateur électrique d'EDF (Electricité de France, la compagnie nationale de fourniture de l'électricité). Ils sont malheureusement morts électrocutés par la très haute tension qui passait par ce lieu. C'est sûr que la mort d'enfant est toujours insupportable. Surtout dans ces conditions. On comprend alors la douleur des proches de ces deux adolescents. Ils ne se doutaient cependant peut-être pas, et nous avec, que ces évènements tragiques allaient fournir le prétexte à un embrasement des quartiers pauvres de toute la France. Pour une meilleure compréhension du déclenchement de cette crise, il n'est pas inutile de préciser que le ministre de l'intérieur, monsieur Nicolas Sarkozy, lors d'une visite à Argenteuil ( en banlieue parisienne ) avait eu des propos à l'endroit des jeunes du quartier qu'il visitait qui ont eu du mal à passer. Il avait promis aux habitants de les débarrasser de "la racaille" qui les empêchait de vivre tranquillement. Bien sûr, les jeunes désoeuvrés du coin n'ont pas aimé qu'on les traite de "racaille". En disant cela, je suis dans l'euphémisme ! Si on ajoute que quelques jours avant, d'autres jeunes s'étaient vus promettre par le même ministre de l'intérieur un "nettoyage au Kärcher" de leur ville ! Pour mes lecteurs non européens, Kärcher est une marque d'appareils électroménagers qui est célèbre en France pour ses nettoyeurs haute pression qui servent à nettoyer des endroits ou des surfaces vraiment sales ! Ces propos sont, pour le moins, malheureux dans ces lieux de vie difficile que sont devenues les banlieues des grandes villes françaises. Aujourd'hui, le calme semble revenir doucement. Pourvu que cela dure. C'est peut-être le moment de chercher pourquoi toutes ces nuits dernières, des voitures brûlent, des affrontements entre forces de l'ordre et émeutiers se reproduisent devant les caméras de télévisions. A mon humble avis, ces actes incensés et d'une rare violence sont le résultat d'une accumulation de frustrations d'abord, une incroyable instrumentalisation politique, sans réelle volonté de changer les choses, du "monde des banlieues" depuis plusieurs décennies ensuite.

D'abord l'accumulation des frustrations. Il faut savoir que l'écrasante majorité de ces jeunes émeutiers partagent le fait d'être : de nationalité française, d'origine négro africaine ou maghrébine, en rupture scolaire ( beaucoup ont quitté l'école en troisième sans diplôme ), au chômage sans perspective d'avenir claire. C'est un cocktail explosif, vous en conviendrez avec moi. Une cocotte minute sans trou pour évacuer la vapeur ! Sur le feu depuis des décennies ! N'imaginez pas le résultat : vous l'avez sous les yeux depuis une quinzaine de jours. Les morts malheureuses des deux jeunes dans le transformateur électrique EDF, les propos du ministre de l'intérieur n'ont été finalement que des prétextes qui ont permis au feu qui couvaient de prendre réellement. La France est, quand on se réfère à sa Constitution, un des pays les plus justes et égalitaires au monde. Sa devise - Liberté, Egalité, Fraternité - est une des plus belles que l'on puisse trouver. Mais dans la réalité de la vie de tous les jours, des injustices inadmissibles ont été traitées à la légère, voire tolérées pendant des années. Etre Noir ou Arabe est devenu un véritable handicap pour beaucoup trop de gens ! Je ne vais pas faire ici la liste complète de toutes les petites ou grandes injustices que vivent tous ceux qui sont un peu trop bronzés de peau. Je vais cependant en citer quelques unes qui vous montrent comment, ou pourquoi, on peut glisser facilement vers le découragement voire le désespoir.

D'abord dans le domaine le plus important pour tout être humain aujourd'hui : l'emploi ou l'activité professionnelle. Il y a quelques années, un jeune Français d'origine tunisienne, diplômé Bac+5 en finances et comptabilité, avait pu parler de ses difficultés à trouver du travail du fait de ses "origines". Il a eu l'idée, après des centaines d'envoi de CV (curriculum vitae) en vain aux banques et institutions financières pour avoir un entretien, de mettre un nom et un prénom bien "français" (du genre Thierry Dupont) sur son CV. Et le "miracle" se produisit. Il reçut, d'une banque avec laquelle il avait essuyé un refus poli, dans la semaine une lettre l'invitant à rencontrer le DRH (directeur des ressources humaines) pour un entretien préalable à l'embauche ! Avec, s'il vous plaît, des phrases du genre : "votre profil et votre parcours nous ont interressé au plus haut point. C'est pourquoi nous souhaitons vous rencontrer..." ! Tout cela alors que le CV était exactement le même que celui qui avait rencontré un refus poli. Cela s'appelle de la discrimination à l'embauche. Et théoriquement, en France, la loi punit toute discrimination liée à la race, au sexe, à la religion etc. On pourrait citer des tas d'exemples de ce type pour des personnes de race noire aussi. Imaginez alors, si ce genre de discrimination arrive à un diplômé Bac+5, ce que peuvent vivre des milliers de jeunes adultes qui ont quitté l'école trop tôt et sans diplôme !

Le deuxième domaine où la discrimination liée aux "origines" fait des ravages dans le pays, c'est le logement. Là aussi, il faut savoir que la couleur de peau est devenue un argument d'attribution de logement. Cela a commencé dans le privé où certaines agences immobilières vous disent carrément, et avec le sourire s'il vous plaît, "le propriétaire ne souhaite pas louer son appartement à une personne de couleur". Nous sommes désolés !" . No comment ! Aujourd'hui ce qui est grave, c'est que cette discrimination au logement atteint le secteur public. En effet, dans l'attribution de logement social du parc public, aujourd'hui des familles d'origine africaine ou arabe peuvent attendre quinze ans avant de se voir attribuer un logement HLM ! C'est impensable dans certaines couches de la population. Et du coup ces malheureux s'entassent dans des immeubles insalubres au risque d'y perdre la vie (voir l'article de Jds.blog sur les incendies de Paris) ou d'hypothéquer l'avenir de leurs enfants. Et quand les familles obtiennent enfin une HLM (habitation à loyer modéré), "on" s'arrange pour que le logement soit situé dans un immeuble déjà occupé par d'autres familles d'immigrés ! Ce qui m'amène à un autre constat.

Aujourd'hui, beaucoup trop d'enfants de parents immigrés ont du mal à l'école. Ce n'est sûrement pas à cause d'une sorte de tare congénitale liée à leur origine. Ou d'une quelconque prédisposition à la délinquance et au refus de l'école ! Mais quand on voit la précarité dans laquelle vivent certaines familles, on comprend que la réussite scolaire va relever du miracle. Quand on y ajoute qu'aujourd'hui, la seule porte de sortie qu'offre le système scolaire scolaire français est l'apprentissage (en clair une voie professionnelle très tôt : à 16 ans !), et que trouver un stage n'est pas facile quand on habite ces quartiers "sensibles" qui sont en flamme aujourd'hui, on comprend alors l'impasse dans laquelle sont engagées toutes ces forces vives d'un pays comme la France.

Je passe rapidement sur ce que j'appelle les "petites misères quotidiennes" de tous les "bronzés naturels" français : difficultés à rentrer dans certaines boîtes de nuit, contrôle policier régulier "au faciès" quand on se promène la nuit, surveillance "rapprochée" dès qu'on entre dans un magasin, vérification électronique du billet de banque qu'on vient de donner à la caissière alors le copain blanc vient de donner la même coupure sans provoquer autant de méfiance etc.

Tout cela se passe quotidiennement. Les pouvoirs publics ne peuvent pas dire qu'ils ne savaient pas. Toutes sortes de signaux d'alerte ont été donnés. Le mouvement associatif alerte tous les jours les dirigeants de ce pays. SOS Racisme, le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et d'autres font du "testing" (exemple : deux membres de l'association, l'un blanc et l'autre noir, essaient de louer un appartement : le noir essuie un refus, le blanc arrive à avoir l'appartement), et montrent régulièrement la réalité des discriminations raciales. Et personne ne fait rien. Ou si peu. Dominique de Villepin a bien mis dans son gouvernement un sociologue d'origine maghrébine,  Azouz Begag, comme ministre chargé de "l'égalité des chances" ! Sauf que ce dernier est traité en sous - ministre par ses collègues du gouvernement. Et pendant ce temps, les discriminations continuent quand même.

Tout cela crée forcément une montagne de frustations, d'humiliations et autres vexations enfouies qui finissent par exploser un jour. Un chiffre : le taux de chômage des moins de 25 ans dans certaines banlieues françaises atteint 50 % ! Pendant que la moyenne nationale est autour de 10 %. On comprend alors que ces jeunes ont mal à leur "francité". Excusez ce néologisme qui signifie simplement un ensemble de valeurs et de sentiments d'appartenance à la communauté nationale. Ils ont dans la poche une Carte Nationale d'Identité française et ont le sentiment qu'ils ne font pas partie de ce pays. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes de cet embrasement de la banlieue.

Aujourd'hui, il faut naturellement en appeler au calme. Je trouve dommage que ces jeunes brûlent les voitures des habitants de leurs propres quartiers. Ces gens sont leur compagnons de "galère". Et n'ont pas plus de moyens qu'eux. C'est absurde ! Et de toutes façons, rien ne se réglera dans la violence. Il faut en être convaincu.

Aux pouvoirs publics maintenant de prendre toutes les mesures pour qu'enfin un jeune français dont les parents viennent d'ailleurs ne se sente plus Français de seconde catégorie ou de de seconde zone. Il en va de l'avenir de ce pays. Ce serait trop dommage que ce pays, qui par bien des aspects est formidable, ne régresse. Simplement parce que ses responsables ont regardé ailleurs pendant trop longtemps.

Lire l'interview dans Libération de Trevor Phillips : "La France nie la question ethnique"

La vision de la presse africaine selon Libération

Le quotidien Le Monde se penche sur l'echec de la politique de la ville

L'émission "J'ai rendez-vous avec vous" de la chaîne française France 2 du 27 novembre 2005 animée par Rachid ARHAB

 

M. Mady DANFAKHA

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Published by M. Mady DANFAKHA - dans LA FRANCE
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commentaires

moi , 5°2 CdC 17/05/2006 15:35

Si je le savais je vous le dirais ... ;'-(

Nain Dien 04/12/2005 10:29

Je découvre ton blog. Vraiment chouette. Comme le dit la chanson, "Je m'éclate au Sénégal...".