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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

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29 juin 2005 3 29 /06 /juin /2005 23:00

     La Cimade est une association œcuménique créée en 1939 pour venir en aide aux personnes déplacées et regroupées dans les camps du sud de la France. Sur leur page de présentation, on peut aussi lire que « historiquement liée aux mouvements de jeunesse protestants, la Cimade travaille aujourd'hui en collaboration avec d'autres organismes catholiques, orthodoxes et laïcs au service des réfugiés, des étrangers en France, et au développement solidaire des pays de l'Est et du Sud. ».

Cette identité a fait de la Cimade aujourd’hui, une des plus importantes associations de défense des étrangers en France. Au nom de la dignité humaine.

C’est dans ce cadre, qu’elle vient en aide du point de vue juridique, administratif et même social aux étrangers en situation irrégulière en France. Avec un poste d’observation privilégié : elle est présente dans les centres ou locaux de rétention administrative (avec un certain nombre d’autres organismes comme la croix rouge) pour veiller à ce que la détention des étrangers se fasse dans les règles et surtout dans des conditions humainement acceptables. Chaque année, la Cimade fait donc le bilan de l’année écoulée et publie un rapport de la situation dans ces lieux de détention. Le Rapport pour l’année 2004 vient de sortir. Et c’est quelque chose !

D’emblée, dans l’éditorial intitulé « De l’humiliation naissent les incendies » qu’ils cosignent sur leur site, les président et secrétaire général de la Cimade préviennent : « Il n’est pas dans les habitudes de la Cimade de crier plus fort qu’il ne faut, de dénoncer pour le plaisir de dénoncer. ». Là, on sent qu’ils sont « un peu » énervé. Mais ils précisent tout de suite : « Nous avons toujours, et notamment quant à notre mission dans les centres et locaux de rétention, tenté de tenir un discours équilibré, analysant les évolutions en pointant les progrès comme les inerties. De même, nous avons et continuerons de dialoguer avec les pouvoirs publics, ministères comme administrations ou services de police, afin de leur faire part de nos remarques, critiques comme propositions ». Et puis « nous ne changeons pas d’attitude, mais par notre présence en rétention, nous voyons chaque jour un peu plus l’inacceptable. Il est de notre devoir aujourd’hui – ne pas parler serait cautionner - de dire haut et fort que trop, c’est trop ! ». Voila, c’est dit. Et après ça, on s’attend au pire. Et la lecture de la suite ne vous « décevra » pas !

En effet, ces éminents membres de la Cimade , nous prennent à témoin : « Ce à quoi nous assistons depuis deux ans en matière de politique d’éloignement forcé des étrangers en situation irrégulière est une succession de dispositions dont on n’a pas anticipé les effets concrets, faute d’avoir pris le temps d’établir un diagnostic mesuré, de mesures spectaculaires destinées à flatter une partie de l’opinion, auxquelles ont été ajoutés quelques zestes de procédures protectrices immédiatement noyées par l’incapacité des administrations à travailler de façon équilibrée. ». Et ils posent la question : « Le jugement est sévère ? Qu’on en juge ». Et les voila partis dans une démonstration de ce qu’ils avancent.

On apprend tout d’abord que cette situation vient « de la loi du 26 novembre 2003 qui a transformé en profondeur la régime de la rétention administrative des étrangers » (c’est devenu une habitude. A ce propos relire un des articles de jds.blog qui en parle). On est entré dans l’ère de la « politique du chiffre » ! En effet, il est maintenant clairement donné aux préfectures françaises des « objectifs chiffrés »  pour la reconduite forcée des étrangers chez eux, chaque année. La Cimade estime cette loi, tout d’abord « inutile ». Car, selon elle, « Le triplement de la durée maximale de rétention fut présentée comme « nécessaire » car la durée antérieure (12 jours) « était insuffisante » pour conduire à son terme la mesure d’éloignement dans le respect des procédures. Que constate-t-on ? Les statistiques que nous avons pu recueillir, bien qu’incomplètes, montrent sans ambiguïté que le taux d’exécution des mesures d’éloignement des personnes placées en rétention a à peine progressé : de 44 % à 55 %. ». Et qui plus est  « la durée de rétention légale a été augmentée de 266 %, la durée effective moyenne s’est accrue de 200 %, mais le taux effectif des mesures exécutées a fait un bond de 11 points... ! ». Ceci suffit pour démontrer cela. C’était une loi inutile. Mais pendant ce temps « que de dégâts, de vies brisées, de souffrances, de traumatismes inutiles, tout cela pour rien ! » regrette la Cimade.

L’éditorial des président et secrétaire général de la Cimade nous détaille ensuite toute cette humiliation, cette souffrance que vivent ceux qui ont tenté d’entrer illégalement sur le territoire français. La fameuse « politique du chiffre » a eu, entre autres comme effets pervers « des opérations et arrestations massives dans certains quartiers ; interpellations au domicile, convocations pièges dans les préfectures, arrestations des enfants mineurs dans les écoles pour les emmener rejoindre leurs parents en rétention, placements en rétention à répétition de personnes que l’on sait non reconductibles »… La liste est longue. Et la conséquence de tout cela c’est que « Si un ministre est dans son rôle en exigeant de ses administrations qu’elles travaillent de façon cohérente dans la mise en œuvre des lois votées, la méthode employée à l’égard d’hommes et de femmes – un chiffre précis à atteindre pour chaque préfecture – est éthiquement très contestable et a des effets concrets destructeurs : pour les personnes concernées, pour les services de l’Etat, pour l’Etat de droit, pour la Justice. Quand on commence à « gérer » l’expulsion de personnes comme une usine gère et prévoit sa production, on peut s’attendre au pire. » Et la Cimade nous le réaffirme : « et le pire arrive. ».

Parce qu’  « En doublant la durée moyenne de rétention effective, en mettant une telle pression sur les services préfectoraux et les services de police pour atteindre ces fameux « objectifs chiffrés » », on ne peut aboutir qu’à une situation intolérable : « entasser les personnes par six dans des chambres initialement prévues pour deux, placer en rétention hommes, femmes et enfants au détriment du minimum d’éthique et de protection des personnes vulnérables, etc, etc. ». On aboutit ainsi à une « déshumanisation de ces lieux : faut-il encore parler de rétention, ou n’est-ce pas temps de dire clairement que nous assistons à l’apparition de véritables « camps » ? On est effectivement, à ce stade, en droit de se poser la question clairement.

Ce rapport de la Cimade est, à bien des égards, une démonstration claire que la politique d’accueil des étrangers en difficulté dans leur pays d’origine s’est bel et bien durcie au point d’en devenir inhumaine dans son application. Il me semble important que les gens en soient conscients. Qu’on soit étranger vivant en France ou Africain (ou même personne d’un autre continent) ayant l’intention de se rendre en Europe occidentale, il est important de savoir. De savoir et d’en tirer des leçons. Il me semble que ce genre de lecture devrait nous renforcer dans l’idée qu’aujourd’hui plus qu’hier, il faut faire tout, absolument tout, pour empêcher que le développement de l’Afrique soit retardé. Je vois certains sourire en lisant « développement de l’Afrique ». Et pourtant, l’Afrique avance. Et d’ailleurs prochainement, je vous en donnerai des preuves sur ces pages.

En attendant, méditons cette phrase de l’éditorial qui nous a inspiré les lignes ci-dessus : « De l’humiliation naissent les incendies. Personne n’y a intérêt. Il faut arrêter avec cette «politique du chiffre». Il y a urgence. ». A bon entendeur...

 

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Published by M. Mady DANFAKHA - dans LA FRANCE
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