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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !
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Bonne lecture !
Jeudi 15 octobre 1987, samedi 15 octobre 2005 : il y a exactement 18 ans mourait sous les balles de ses plus proches collaborateurs et compagnons un jeune héros de l’Afrique. Il s’appelait Thomas Sankara. Le capitaine Thomas Sankara ! Et cela se passait à Ouagadougou. En ce triste anniversaire, souvenons-nous et méditons sur ce qu’a laissé cette comète qui dans sa fulgurance a marqué une énorme partie de la jeunesse africaine.

Le capitaine Thomas Sankara
Il est né le 21 décembre 1949 à Yako dans ce qui était alors

Thomas Sankara
Le 4 août 1983 un groupe de jeunes officiers amenés par Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Thomas Sankara prit le pouvoir à Ouagadougou. C’était le début d’une courte mais historique période pour le pays qui allait s’appeler désormais le Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ». Cette période ne fut pas historique que pour le Burkina Faso, mais pour l’Afrique toute entière. En effet, en quelques années un homme s’est mis à ressembler à un mot : l’espoir !
En quatre ans, Thomas Sankara est devenu l’idole de la jeunesse africaine. Du nord au sud, de l’est à l’ouest du continent, les jeunes (et les moins jeunes) l'ont admiré puis ont tremblé pour lui. Il avait tout pour séduire mais aussi pour convaincre. Chaque mot qu’il prononçait respirait la sincérité, chaque acte qu’il posait nous faisait penser : « j’aurais fait pareil ! ». Très vite, il fit comprendre qu’il fallait d’abord compter sur soi et pas sur les autres. Dans une Afrique qui était habituée à l’assistanat en vivant des « largesses » de l’Occident, cela détonnait. Certaines mesures furent même traitées de démagogiques par ses adversaires. Ainsi, quand il revendit tout le parc de véhicules de luxe des ministères pour leur acheter des Renault 5, ou quand il imposa aux personnalités publiques de s’habiller avec du tissu fabriqué au Burkina Faso (le fameux « Faso Dan Fani ») lors des cérémonies officielles certains rirent sous cape ! Et pourtant ! Cela nous semblait tellement évident à nous lycéens de l’époque. Nous pensions : « pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ? Et surtout pourquoi pas partout en Afrique ? ». N’étions-nous pas le continent le plus pauvre ? Ne côtoyions-nous pas suffisamment la misère au quotidien pour savoir que c’était indécent de rouler en grosses berlines allemandes dans les quartiers si pauvres de nos villes poussiéreuses ? Le pouvoir de Thomas Sankara était comme cela. Une envie sincère de sortir l’Afrique de sa désastreuse situation politique. Une proximité incroyable avec le peuple (ses jogging dans les rues accompagné de la population des quartiers populaires étaient mémorables !). Des mesures simples pour rétablir la justice sociale etc. On en oubliait qu’il était marxiste et que son régime était dit « révolutionnaire ». Tout ce que nous avions retenu, c’était que cet homme était sincère, aimé de son peuple et surtout intègre. Et pour tout cela, il représentait l’espoir de tout un continent. Espoir parce que si lui réussissait à redresser la barre au Burkina Faso, des millions de jeunes Africains s’engouffreraient dans la brèche ainsi ouverte. Et c’est pour cela qu’il était devenu dangereux pour beaucoup de vieux dictateurs africains et leurs tuteurs occidentaux. Nous avions tous peur pour lui. Et lors d’une interview prémonitoire qu’il avait accordée au journaliste de Jeune Afrique Sennen Adriamirado, il disait que si quelqu’un de son entourage proche décidait de l’assassiner, il n’y aurait pas de parade. Il avait malheureusement vu juste : c’est son fidèle « ami » et compagnon de révolution Blaise Compaoré qui lui prit le pouvoir et la vie ce maudit jeudi 15 octobre 1987 en plein après midi ! Thomas Sankara n'avait pas encore 38 ans ! En quelques rafales d’arme automatique, on venait de tuer l’espoir !
Aujourd’hui, ses assassins sont devenus des personnalités « respectables ». Et monsieur Blaise Compaoré, toujours au pouvoir, est considéré même par certains comme un sage de l’Afrique ! A nous il nous reste juste son image, ses propos simples et pleins de sincérité. Quelquefois, un poster replié depuis qu’on a quitté nos chambres d’étudiants. L’Afrique a aujourd’hui besoin d’un autre Thomas Sankara. Pour que renaisse l’Espoir !
Après les dramatiques évènements de Ceuta et Melilla, après la série effroyable d’incendies à Paris qui ont coûté la vie à une cinquante de personnes originaires d’Afrique noire, pendant que des personnes, de la même origine négro africaine, se font expulser des logements insalubres qu’ils ont trouvés en région parisienne pour abriter leur dignité sans certitude d’être relogés, pendant que toutes ces tragédies de la communauté africaine en Europe se déroulent sous nos yeux tous les soirs, c’est avec une grande émotion que j’ai découvert « l’appel à l’insurrection des consciences » samedi 08 octobre 2005 sur le plateau de l’émission "Tout le monde en parle" de la chaîne de télévision française France 2. Ce texte admirable, adopté par le congrès de la Ligue française des Droits de l’Homme en juin dernier, était lu par deux grands comédiens français : Muriel Robin et Guy Bedos. Quelle claque ! J’ai décidé de vous faire découvrir ce morceau d’espoir. Il nous redonne foi en l’Homme. Bonne lecture.
« APPEL À L’INSURRECTION DES CONSCIENCES »
Adopté par le 83ème congrès de la LDH - 5 juin 2005
Des hommes, des femmes, des enfants, sont, aujourd’hui, pourchassés, traqués, empêchés de vivre parce qu’ils ne détiennent pas les quelques grammes de papiers qui sont le sésame de leur dignité.
Ce sont les sans-papiers, venus des anciennes colonies françaises ou d’ailleurs. Ils illustrent les dérèglements du monde, les injustices qui mobilisent la charité ou les dictatures qui provoquent notre effroi. Ils sont venus, souvent au péril de leur vie, parfois la proie de réseaux mafieux qui prospèrent grâce à la fermeture de nos frontières. Ils n’ont commis aucun crime, sauf à considérer que vouloir vivre à toute force et construire un avenir meilleur pour ses enfants n’est pas le droit de chaque membre de la famille humaine.
Après avoir modifié la loi de la pire manière qui soit, le gouvernement aggrave les mesures prises contre les étrangers en les transformant en gibier d’une chasse indigne et, pire encore, en boucs émissaires des maux de la société française. A l’arbitraire de la loi s’ajoute l’arbitraire des pratiques quotidiennes de ceux et de celles à qui l’on a enseigné, pendant des décennies, qu’un étranger est avant tout un fraudeur, tout simplement parce qu’étranger. Les drames deviennent quotidiens tandis que, de toute part, enflent les réflexes xénophobes. Enfants arrêtés en classe, utilisés comme appâts pour arrêter les parents, ou confiés aux services sociaux sous les yeux de leurs parents. Impossibilité de se nourrir, de se soigner, de se loger autrement qu’entre caves et murs suintant la misère, parfois au péril de sa vie, contraints à être exploités par des employeurs négriers sous l’œil complaisant des pouvoirs publics, tout simplement avoir la peur au ventre lors de chaque mouvement, la rue devenant un espace d’insécurité légale.
Cela, c’est la vie quotidienne de dizaines ou de centaines de milliers de personnes. Toutes les déclarations martiales n’empêcheront pas cette réalité de subsister, voire de croître. De proche en proche, ce sont les étrangers en situation régulière qui sont victimes du même ostracisme, marqués aux sceaux des pires représentations, terrorisme et délinquance. Puis ce sont ceux et celles qui, de nationalité française, ressemblent à ces étrangers à priori délinquants, et subissent les mêmes avanies, les mêmes violences policières. Enfin, ce sont tous les habitants de France qui sont fichés parce que, simplement, accueillant leurs parents ou leurs amis. S’aimer est soumis à autorisation et à l’œil inquisiteur des autorités.
Ces mesures, cette politique créent le désespoir et attisent la haine. Elle s’empare de tous, y compris de ceux qui, par leur histoire ou leurs principes, devraient y être les plus opposés. Elle est indigne des principes qui fondent une démocratie, elle est tout le contraire de la France que nous aimons et de l’Europe que nous voulons. Nous savons que tout n’est pas simple et que nul ne détient de solutions magiques, mais nous savons aussi que ce n’est pas en agitant les vents mauvais de la xénophobie que nous répondrons à l’irrépressible envie de vivre de ces personnes.
Aujourd’hui, lors de notre 83ème congrès réuni à Lille les 3, 4 et 5 juin 2005, parce que, depuis plus d’un siècle, la LDH sait d’expérience que le sort réservé aux étrangers est révélateur de l’état d’une démocratie et de fraternité, nous en appelons à une autre politique qu’il nous faut construire au cours d’un réel débat démocratique. D’ores et déjà, nous n’admettrons plus que ces souffrances s’étalent dans nos villes, sur nos trottoirs ou dans nos écoles. La reconnaissance des étrangers, de leur humanité et donc de leurs droits passe par leur régularisation sans délai. C’est pourquoi, nous en appelons à l’insurrection des consciences.
Résolution d’urgence adoptée à l’unanimité, par acclamation.
Source : Ligue des droits de l’ Homme
Visitez le site de la Ligue des Droits de l'Homme - France (LDH - France)
Visitez le site de Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH)
C’est une lapalissade que de dire qu’en ce moment le monde ne va pas très bien. Les guerres le disputent aux actes terroristes, les catastrophes naturelles se multiplient aux quatre coins du monde. Les actes les plus insensés sont commis tous les jours sous nos yeux par des gens « ordinaires ». Et parfois en direct à la télé ou alors (parce qu’une caméra de touriste trainait par là !) en léger différé. Et en Afrique, on se déchire toujours entre nous avec de plus en plus de sophistication dans l’horreur qui le dispute, par ailleurs, à la bêtise ! Et pour certains c’est la religion qui « justifie » toutes les folies…
Aujourd’hui pourtant, il y a quelque chose de symbolique dans le domaine religieux qui s’est produit. Et pour moi, le symbole est très fort : les juifs entrent dans la nouvelle année pendant que les musulmans entrent dans le mois béni de Ramadan. Et les deux évènements coïncident. Ce qui est rarissime. Je voudrais dire à cette occasion à mes amis musulmans et juifs de saisir cette occasion pour se donner la main, se souhaiter les meilleures choses. Je sais que la majorité d’entre eux ne m’a pas attendu pour le faire. Heureusement. Mais c’est pour la minorité d’entre nous qui glisse de plus en plus vers les extrêmes. Puisse cette image de leurs frères se congratulant leur inspirer d’autres sentiments et d’autres comportements que le spectacle regrettable que nous déplorons tous au proche et moyen Orient. A mes frères Sénégalais, j’ai envie de dire : « profitez du calme et du recueillement inhérents à ce mois béni de Ramadan pour regarder de près ce qu’est devenu le Sénégal ». Il n'appartient qu'à nous de faire en sorte qu'il y fasse bon vivre ! Chacun. Individuellement.
A tous et à toutes, je voudrais dire : Shana tova et Ramadan moubarak !
Après vous avoir invité à l’écouter dans mon précédent article, je vous amène, grâce à la revue « Ankh », à la découverte de l’homme, de sa vie, de ses combats. Cheikh Anta Diop a consacré sa vie à la lutte pour la reconnaissance de l’Afrique noire comme berceau de la civilisation humaine. Et pas seulement en tant que lieu géographique de la naissance de l’Homme, mais aussi et surtout comme génératrice de savoirs et techniques ayant servi à toute l'humanité. Cela peut paraître évident pour certains d’entre vous, mais il faut savoir qu’à l’époque (années 50 à 60) où monsieur Diop menait son combat l’Afrique noire et ses enfants étaient présumés n’avoir absolument rien apporté à l’humanité. L’homme ou la femme d’Afrique était tout simplement vierge de tout savoir élaboré ou structuré. C’était l’époque du « bon sauvage » qui ne savait que rire et danser. Sans le Blanc, il était voué à une disparition certaine ! On n’hésitait même pas à exhiber des « spécimen » de Noir ou de Noire dans les foires en Europe. Et pendant la sortie du dimanche, les familles accouraient, avec les enfants, pour voir ces êtres bizarres ramenés par les colons.

Cheikh Anta Diop
C’est pourquoi, avec d’autres intellectuels africains, Cheikh Anta Diop s’est battu avec acharnement pour rétablir la vérité historique du continent noir. Savant et humaniste, il a cru à un moment devoir s’impliquer dans la vie politique de son pays, le Sénégal. Il y fonda son parti politique le RND (Rassemblement national démocratique). Comme un autre combat à mener contre un autre mal qui pointait le bout de son nez : le néocolonialisme. Seulement le monde politique, avec ses vices, ses coups bas et autres trahisons eut raison de son idéal politique. Ce combat fut moins heureux que celui mené dans les laboratoires d’égyptologie et dans les amphithéâtres de facultés universitaires. N’empêche, il nous aura laissé une œuvre monumentale. Nous serions bien inspirés de nous y plonger de temps à autre.

Cheikh Anta Diop dans son laboratoire
L'Université de Dakar porte aujourd'hui son nom. C'est le minimum qui pouvait être fait pour cet homme exceptionnel.
Vous vous souvenez sans doute de l'article que j'avais consacré au docteur Hamilton Naki. Si ce n'est pas le cas, cliquez ici. J'y relatais l'histoire peu banale de cet ancien jardinier Sud-Africain devenu... chirurgien ! Rien moins que cela. Ma source était un article paru dans le journal "The Economist". Ce même journal a publié le 14 juillet 2005, un complément à l'article qu'ils avaient fait paraître le 09 juin 2005. Pourquoi ? Parce que, selon "The Economist", le bon docteur H. Naki aurait une biographie un peu trop embellie, voire inexact. Le titre du complément d'article est d'ailleurs très parlant : "How an inspiring life became distorted by politics" .
Vous avez compris, les pressions politiques (séquelles de l'Apartheid obligent), venant de la communauté noire, auraient obligé monsieur Naki à mentir sur sa biographie ou, tout au moins à laisser écrire des mensonges sur son compte. Ce qui revient au même. Ainsi, il n'aurait pas participé directement à la première greffe du coeur comme il l'aurait lui-même prétendu ! Même si le journal maintient les propos du professeur Christiaan Barnard "Il aurait été un meilleur chirurgien que moi, si on lui en avait donné l'occasion". En clair, c'est, selon "The Economist", cette nouvelle Afrique du Sud débarassée de l'Apartheid où le Noir est enfin au pouvoir, qui dans sa quête de héros noirs a presque "pris en otage" la vie extraordinaire de M. Naki. C'est pour le moins dommage et maladroit.
Heureusement, à ces détails près, Naki a eu une vie effectivement extraordinaire (au sens ethymologique du terme). Et son passage de jardinier à chirurgien est une réalité.
Lire le texte original de "How an inspiring life became distorted by politics" ici.

