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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

   

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture ! 
 

DES RAISONS D'ESPERER

Mercredi 22 juin 2005

 Docteur Hamilton NAKI, ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose. Et pourtant… La vie de cet homme exceptionnel mériterait d’être connue de tout Africain. En effet on pourrait sous-titrer sa biographie : « C’est l’histoire d’un jardinier sud-africain devenu un des plus grands chirurgiens cardiaques au monde, un pionnier de la greffe du cœur. ». Rien que cela !

 

 

Le docteur Hamilton NAKI

 

 Le 29 mai 2005, pendant que le monde médiatique avait décidé d’analyser et d’analyser à nouveau, de commenter et de faire des projections dans le futur après le « NON » infligé au Traité constitutionnel européen par les Français, un homme au destin extraordinaire s’éteignait dans l’indifférence du monde occidental. Le docteur Hamilton NAKI nous quittait, à l’âge 78 ans.

Né dans le village de Ngcangane dans le Cap Oriental, en Afrique du Sud, le petit Hamilton quitta très tôt l’école, ses parents n’ayant plus les moyens de l’y maintenir. Déterminé à aider sa famille, et ne voulant pas rester dans le désoeuvrement, il décida quelques temps plus tard de se rendre dans la ville du Cap pour y trouver du travail. Malgré les difficultés financières, malgré la ségrégation raciale institutionnalisée qu’était l’Apartheid. Il partit quand même. En auto stop ! L’apartheid ne laissant pas beaucoup de possibilités de travail à un jeune Noir dans sa situation, il finit par décrocher un job de jardinier à l’Université médicale de Cape Town. Il était chargé de tondre la pelouse et de s’occuper de la surface des courts de tennis. C’est là que sa vie allait basculer, mais il ne le savait pas encore.

Sa chance est venue du chef du laboratoire de recherches animales de l’Université : monsieur Robert GROETZ. Celui-ci lors de la dissection d’une girafe, demanda l’aide du jardinier pour maintenir l’animal pendant l’opération. Ne se contentant pas de maintenir l’animal, il participa activement aux différentes phases de la dissection. C’était le début d’un apprentissage du prélèvement d’organes animaux. Très vite, sa dextérité le fit participer de plus en plus fréquemment à ce genre d’opération. Le jeune Hamilton, qui n’a jamais appris formellement les techniques opératoires puisqu’il n’a jamais été étudiant en médecine, en savait maintenant presque autant que les spécialistes de la chirurgie animale. Selon sa propre expression, il apprenait en volant avec ses yeux ! Il était devenu réputé pour ses qualités… manuelles. Officiellement, il était toujours le jardinier attitré es pelouses et courts de tennis. En période d’Apartheid, c’était un bon job pour un Noir. Mais cette réputation ne tarda pas à arriver aux oreilles de quelqu’un qui allait changer sa vie.

En effet, un jeune chirurgien qui allait devenir mondialement connu l’appela à ses côtés : le docteur Christiaan Neethling BARNARD. Il fera partie de l’équipe de greffe du médecin. Il travaillera désormais à la chirurgie cardiaque humaine ! C’est ainsi qu’il participa activement à la première mondiale qu’a été la greffe du cœur réalisée avec succès à l’hôpital du Cap le 3 décembre 1967 par le docteur BARNARD sur un homme de 56 ans. Pendant que le médecin sud-africain devenait une superstar planétaire et donnait interview sur interview, monsieur NAKI retournait dans son anonymat. Personne ne remarqua sa présence discrète, en arrière plan de l’une des photos de l’équipe médicale de celui qui allait devenir le célébrissime professeur BERNARD, pionnier de la greffe du cœur humain. Personne ne savait que c’est monsieur Hamilton NAKI qui avait prélevé sur une jeune femme, morte des suites d’un accident de la circulation, le cœur qui allait être greffé ce 3 décembre 1967 sur un malade du cœur : monsieur Louis WASHKANSKY. Et personne ne sut non plus que ce sont ses mains noires qui ont aidé à transplanter le cœur de la donneuse !

 

Le professeur Christiaan BARNARD

 

 Ce n’est que quelques temps avant sa mort, que le professeur Christiaan BARNARD admit publiquement l’importance de monsieur NAKI dans son équipe de greffe cardiaque. Il ajouta même que monsieur NAKI était plus habile techniquement que lui.

A la retraite, monsieur NAKI reçut une modeste pension de…  jardinier d’environ 200 € par mois ! Heureusement que l’Université du Cap lui décerna, à titre honorifique le grade de docteur en médecine. Il s’en est fallu de peu pour que le jardinier reste… jardinier !

Que la Terre d’Afrique du Sud lui soit légère. Puisse-t-il nous inspirer.

 

Pour en savoir plus lire l'article du magazine The Economist.

Par M. Mady DANFAKHA
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Vendredi 12 août 2005

Vous vous souvenez sans doute de l'article que j'avais consacré au docteur Hamilton Naki. Si ce n'est pas le cas, cliquez ici. J'y relatais l'histoire peu banale de cet ancien jardinier Sud-Africain devenu... chirurgien ! Rien moins que cela. Ma source était un article paru dans le journal "The Economist". Ce même journal a publié le 14 juillet 2005, un complément à l'article qu'ils avaient fait paraître le 09 juin 2005. Pourquoi ? Parce que, selon "The Economist", le bon docteur H. Naki aurait une biographie un peu trop embellie, voire inexact. Le titre du complément d'article est d'ailleurs très parlant : "How an inspiring life became distorted by politics" .

Vous avez compris, les pressions politiques (séquelles de l'Apartheid obligent), venant de la communauté noire, auraient obligé monsieur Naki à mentir sur sa biographie ou, tout au moins à laisser écrire des mensonges sur son compte. Ce qui revient au même. Ainsi, il n'aurait pas participé directement à la première greffe du coeur comme il l'aurait lui-même prétendu ! Même si le journal maintient les propos du professeur Christiaan Barnard "Il aurait été un meilleur chirurgien que moi, si on lui en avait donné l'occasion". En clair, c'est, selon "The Economist", cette nouvelle Afrique du Sud débarassée de l'Apartheid où le Noir est enfin au pouvoir, qui dans sa quête de héros noirs a presque "pris en otage" la vie extraordinaire de M. Naki. C'est pour le moins dommage et maladroit.

Heureusement, à ces détails près, Naki a eu une vie effectivement extraordinaire (au sens ethymologique du terme). Et son passage de jardinier à chirurgien est une réalité.

Lire le texte original de "How an inspiring life became distorted by politics" ici.

 
Par M. Mady DANFAKHA
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Jeudi 8 septembre 2005

Après vous avoir invité à l’écouter dans mon précédent article, je vous amène, grâce à la revue « Ankh », à la découverte de l’homme, de sa vie, de ses combats. Cheikh Anta Diop a consacré sa vie à la lutte pour la reconnaissance de l’Afrique noire comme berceau de la civilisation humaine. Et pas seulement en tant que lieu géographique de la naissance de l’Homme, mais aussi et surtout comme génératrice de savoirs et techniques ayant servi à toute l'humanité. Cela peut paraître évident pour certains d’entre vous, mais il faut savoir qu’à l’époque (années 50 à 60) où monsieur Diop menait son combat l’Afrique noire et ses enfants étaient présumés n’avoir absolument rien apporté à l’humanité. L’homme ou la femme d’Afrique était tout simplement vierge de tout savoir élaboré ou structuré. C’était l’époque du « bon sauvage » qui ne savait que rire et danser. Sans le Blanc, il était voué à une disparition certaine ! On n’hésitait même pas à exhiber des « spécimen » de Noir ou de Noire dans les foires en Europe. Et pendant la sortie du dimanche, les familles accouraient, avec les enfants, pour voir ces êtres bizarres ramenés par les colons.

Cheikh Anta Diop

C’est pourquoi, avec d’autres intellectuels africains, Cheikh Anta Diop s’est battu avec acharnement pour rétablir la vérité historique du continent noir. Savant et humaniste, il a cru à un moment devoir s’impliquer dans la vie politique de son pays, le Sénégal. Il y fonda son parti politique le RND (Rassemblement national démocratique). Comme un autre combat à mener contre un autre mal qui pointait le bout de son nez : le néocolonialisme. Seulement le monde politique, avec ses vices, ses coups bas et autres trahisons eut raison de son idéal politique. Ce combat fut moins heureux que celui mené dans les laboratoires d’égyptologie et dans les amphithéâtres de facultés universitaires. N’empêche, il nous aura laissé une œuvre monumentale. Nous serions bien inspirés de nous y plonger de temps à autre.

Cheikh Anta Diop dans son laboratoire

L'Université de Dakar porte aujourd'hui son nom. C'est le minimum qui pouvait être fait pour cet homme exceptionnel.

Pour mieux connaître Cheikh Anta Diop, cliquer sur le lien

Par M. Mady DANFAKHA
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Mercredi 5 octobre 2005

C’est une lapalissade que de dire qu’en ce moment le monde ne va pas très bien. Les guerres le disputent aux actes terroristes, les catastrophes naturelles se multiplient aux quatre coins du monde. Les actes les plus insensés sont commis tous les jours sous nos yeux par des gens « ordinaires ». Et parfois en direct à la télé ou alors (parce qu’une caméra de touriste trainait par là !) en léger différé. Et en Afrique, on se déchire toujours entre nous avec de plus en plus de sophistication dans l’horreur qui le dispute, par ailleurs, à la bêtise ! Et pour certains c’est la religion qui « justifie » toutes les folies…

Aujourd’hui pourtant, il y a quelque chose de symbolique dans le domaine religieux qui s’est produit. Et pour moi, le symbole est très fort : les juifs entrent dans la nouvelle année pendant que les musulmans entrent dans le mois béni de Ramadan. Et les deux évènements coïncident. Ce qui est rarissime. Je voudrais dire à cette occasion à mes amis musulmans et juifs de saisir cette occasion pour se donner la main, se souhaiter les meilleures choses. Je sais que la majorité d’entre eux ne m’a pas attendu pour le faire. Heureusement. Mais c’est pour la minorité d’entre nous qui glisse de plus en plus vers les extrêmes. Puisse cette image de leurs frères se congratulant leur inspirer d’autres sentiments et d’autres comportements que le spectacle regrettable que nous déplorons tous au proche et moyen Orient. A mes frères Sénégalais, j’ai envie de dire : « profitez du calme et du recueillement inhérents à ce mois béni de Ramadan pour regarder de près ce qu’est devenu le Sénégal ». Il n'appartient qu'à nous de faire en sorte qu'il y fasse bon vivre ! Chacun. Individuellement.

A tous et à toutes, je voudrais dire : Shana tova et Ramadan moubarak !

Par M. Mady DANFAKHA
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Mardi 11 octobre 2005

Après les dramatiques évènements de Ceuta et Melilla, après la série effroyable d’incendies à Paris qui ont coûté la vie à une cinquante de personnes originaires d’Afrique noire, pendant que des personnes, de la même origine négro africaine, se font expulser des logements insalubres qu’ils ont trouvés en région parisienne pour abriter leur dignité sans certitude d’être relogés, pendant que toutes ces tragédies de la communauté africaine en Europe se déroulent sous nos yeux tous les soirs, c’est avec une grande émotion que j’ai découvert « l’appel à l’insurrection des consciences » samedi 08 octobre 2005 sur le plateau de l’émission "Tout le monde en parle" de la chaîne de télévision française France 2. Ce texte admirable, adopté par le congrès de la Ligue française des Droits de l’Homme en juin dernier, était lu par deux grands comédiens français : Muriel Robin et Guy Bedos. Quelle claque ! J’ai décidé de vous faire découvrir ce morceau d’espoir. Il nous redonne foi en l’Homme. Bonne lecture.

« APPEL À L’INSURRECTION DES CONSCIENCES »

Adopté par le 83ème congrès de la LDH - 5 juin 2005

Des hommes, des femmes, des enfants, sont, aujourd’hui, pourchassés, traqués, empêchés de vivre parce qu’ils ne détiennent pas les quelques grammes de papiers qui sont le sésame de leur dignité.

Ce sont les sans-papiers, venus des anciennes colonies françaises ou d’ailleurs. Ils illustrent les dérèglements du monde, les injustices qui mobilisent la charité ou les dictatures qui provoquent notre effroi. Ils sont venus, souvent au péril de leur vie, parfois la proie de réseaux mafieux qui prospèrent grâce à la fermeture de nos frontières. Ils n’ont commis aucun crime, sauf à considérer que vouloir vivre à toute force et construire un avenir meilleur pour ses enfants n’est pas le droit de chaque membre de la famille humaine.

Après avoir modifié la loi de la pire manière qui soit, le gouvernement aggrave les mesures prises contre les étrangers en les transformant en gibier d’une chasse indigne et, pire encore, en boucs émissaires des maux de la société française. A l’arbitraire de la loi s’ajoute l’arbitraire des pratiques quotidiennes de ceux et de celles à qui l’on a enseigné, pendant des décennies, qu’un étranger est avant tout un fraudeur, tout simplement parce qu’étranger. Les drames deviennent quotidiens tandis que, de toute part, enflent les réflexes xénophobes. Enfants arrêtés en classe, utilisés comme appâts pour arrêter les parents, ou confiés aux services sociaux sous les yeux de leurs parents. Impossibilité de se nourrir, de se soigner, de se loger autrement qu’entre caves et murs suintant la misère, parfois au péril de sa vie, contraints à être exploités par des employeurs négriers sous l’œil complaisant des pouvoirs publics, tout simplement avoir la peur au ventre lors de chaque mouvement, la rue devenant un espace d’insécurité légale.

Cela, c’est la vie quotidienne de dizaines ou de centaines de milliers de personnes. Toutes les déclarations martiales n’empêcheront pas cette réalité de subsister, voire de croître. De proche en proche, ce sont les étrangers en situation régulière qui sont victimes du même ostracisme, marqués aux sceaux des pires représentations, terrorisme et délinquance. Puis ce sont ceux et celles qui, de nationalité française, ressemblent à ces étrangers à priori délinquants, et subissent les mêmes avanies, les mêmes violences policières. Enfin, ce sont tous les habitants de France qui sont fichés parce que, simplement, accueillant leurs parents ou leurs amis. S’aimer est soumis à autorisation et à l’œil inquisiteur des autorités.

Ces mesures, cette politique créent le désespoir et attisent la haine. Elle s’empare de tous, y compris de ceux qui, par leur histoire ou leurs principes, devraient y être les plus opposés. Elle est indigne des principes qui fondent une démocratie, elle est tout le contraire de la France que nous aimons et de l’Europe que nous voulons. Nous savons que tout n’est pas simple et que nul ne détient de solutions magiques, mais nous savons aussi que ce n’est pas en agitant les vents mauvais de la xénophobie que nous répondrons à l’irrépressible envie de vivre de ces personnes.

Aujourd’hui, lors de notre 83ème congrès réuni à Lille les 3, 4 et 5 juin 2005, parce que, depuis plus d’un siècle, la LDH sait d’expérience que le sort réservé aux étrangers est révélateur de l’état d’une démocratie et de fraternité, nous en appelons à une autre politique qu’il nous faut construire au cours d’un réel débat démocratique. D’ores et déjà, nous n’admettrons plus que ces souffrances s’étalent dans nos villes, sur nos trottoirs ou dans nos écoles. La reconnaissance des étrangers, de leur humanité et donc de leurs droits passe par leur régularisation sans délai. C’est pourquoi, nous en appelons à l’insurrection des consciences.

Résolution d’urgence adoptée à l’unanimité, par acclamation.

Source : Ligue des droits de l’ Homme
Visitez le site de la Ligue des Droits de l'Homme - France (LDH - France)

Visitez le site de Fédération Internationale des Droits de l'Homme (FIDH)

Par M. Mady DANFAKHA
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