Lundi 3 janvier 2011
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Depuis un peu plus d'un mois, la Cote d'Ivoire vit une crise sans précédent. Ce pays s'est retrouvé, après une élection
présidentielle, avec deux présidents de la République, deux premiers ministres et deux gouvernements. Pour un seul peuple. Une situation inédite, incroyable et proprement ... ubuesque ! Oui. Si
la situation n'était pas aussi grave de conséquences, on aurait envie d'en rire. Malheureusement, cette situation n'a rien de risible. Elle donnerait même envie d'en pleurer.
L'Afrique nous a, hélas, habitué à des situations politiques catastrophiques ses dernières décennies : coups d'états, dictatures,
censures de la presse, violations de droits de l'homme et j'en passe. La liste est loin d'être exhaustive. Mais dans cette crise ivoirienne, on a découvert que le fond n'était pas atteint. On
creuse encore ! Il est plus qu'urgent d'arrêter cette descente aux enfers !
Je ne reviendrai pas sur les innombrables péripéties qui ont conduit à cette situation lourde de menaces pour le peuple ivoirien, et
au delà pour l'Afrique toute entière. La presse traditionnelle en fait état tous les jours à travers le monde entier. Ce qui m'intéresse, c'est comment en sortir le plus rapidement, avec le moins
de dégâts et comment faire en sorte que ce genre de choses ne se reproduise plus sur le continent africain.
Ce lundi 03 janvier 2011, une délégation de la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l'Afrique de l'Ouest) accompagnée d'un
représentant de l'UA (l'Union Africaine) se rend à Abidjan pour essayer de convaincre une nouvelle fois monsieur Laurent GBAGBO de quitter le Pouvoir. Et il n'y a pas trente six alternatives. Il
y en a deux. Ou monsieur GBAGBO accepte de partir de lui-même (quitte à négocier de "bonnes" conditions de départ pour lui et les siens), ou il s'entête comme il le fait depuis plusieurs semaines
et refuse de céder son fauteuil à monsieur Alassane OUATARA reconnu par la "Communauté Internationale" comme le président élu et légitime.
La première alternative est bien évidemment celle que nous appelons de nos vœux. Elle est empreinte de sagesse, d'élégance et de
responsabilité. Responsabilité oui. Car enfin, il y a des moments ou notre égo doit céder le pas à notre sens de la responsabilité. Aujourd'hui, messieurs OUATARA et GBAGBO doivent comprendre
qu'ils seront responsables devant l'Histoire de ce qu'il adviendra de leur pays et de ses populations. Le fait de rester sur ses positions de façon rigide et butée pour ne pas "perdre la face"
est encore pire que de "perdre la face". Ils doivent au peuple dont ils affirment être les élus cette sagesse et ce sens des responsabilités.
La seconde alternative est la pire qu'on puisse imaginer. Si c'est celle choisie par monsieur GBAGBO, alors le pire est à craindre.
Même si le pire n'est jamais certain... Il y a déjà eu trop de sang versé, trop de malheurs infligés au peuple ivoirien depuis dix ans pour qu'on se permette de repasser par la case "guerre
civile". La Cote d'Ivoire ne le mérite pas, encore moins les Ivoiriens. Alors de grâce, quelque soit votre conviction, vous qui lisez ces lignes, usez de votre influence (ne serait-ce qu'en
défendant oralement une issue pacifique et négociée) sur ceux qui vous entourent, qui vous écoutent ou qui vous lisent pour pousser les protagonistes à une sortie de crise pacifique.
J'en viens maintenant à l'après crise. J'ai la faiblesse de croire qu'il y a des Africains responsables et soucieux du mieux-être
des populations de ce continent. Et je suis optimiste pour l'avenir du continent. Simplement parce que, malgré les apparences, l'Afrique avance. Les catastrophes politiques que j'ai citées au
début de cet article sont de moins en moins possibles. Dans tous les cas, ils ne peuvent plus passer comme une lettre à la poste. Dans aucun pays africain. Parce que les populations ne
l'acceptent plus. Nulle part. C'est pourquoi, je pense qu'il faut continuer de promouvoir l'éducation (au sens large) des populations sur la chose politique. Expliquer encore et encore qu'un
dirigeant politique est là parce nous, populations civiles, l'y avons installé. Que l'argent qui les fait vivre est le notre ! Que lorsqu'un Lycée est construit dans une ville, ce n'est pas parce
que le président de la République, dans sa grande générosité, leur a "payé un lycée" de sa poche ! Ne riez pas ! Il y a des populations qui pensent encore comme cela ! Au Sénégal par exemple,
pendant des années, certaines personnes appelaient le chef de l'Etat "BOROM REWMI". Ce qui signifie littéralement, en wolof (langue parlée au Sénégal) : Le Propriétaire du Pays !!! Alors imaginez
le comportement de ces gens devant le chef de l'Etat...
Cette éducation me parait importante parce qu'on ne trompe pas une population "qui sait". Le savoir est, à mes yeux la clé. Parce
qu'aujourd'hui si en Côte d'Ivoire des positions sont aussi tranchées. Si des gens sont capables de mourir pour GBAGBO ou OUATARA, c'est parce qu'il y a une dimension autre que celle de
l'idéologie seulement. on fidélise les gens par la Parole, l'Idéologie, l'Argent... Mais aussi et surtout par la Mystification. Le seul moyen de la combattre, c'est le Savoir, la
Connaissance.
Pourvu que ces journées cruciales qui commencent aujourd'hui aboutissent à un apaisement. Et qu'on ne revive plus ce genre de
situation.
M. Mady DANFAKHA
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