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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

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22 septembre 2005 4 22 /09 /septembre /2005 23:00

Ce texte est une contribution de notre ami R. L. Alissoutin sur le mariage en général, mais surtout sur le mariage au Sénégal en particulier. Bonne lecture !

Se marier par amour semble paradoxal car l’amour est libre et spontané alors que le mariage est un ensemble d’obligations préétablies. Les expressions française «se passer la corde au cou» et wolof «takk» (lier, attacher) sont assez révélatrices de l’idée de contrainte dans le mariage. Dès la conclusion du contrat de mariage, des obligations juridiques s’imposent ipso facto à chacun des époux et leur violation les expose à des sanctions civiles (divorce, dommages et intérêts,…) ou pénales (en cas d’adultère, de bigamie,...). ? Dans certaines religions, le mariage est considéré non pas comme un cadre de plaisance, mais un moyen de soumission à Dieu. Alors, se marie-t-on parce qu’on s’aime ou parce qu’on s’engage à respecter les obligations juridiques, religieuses et morales du mariage ? Les deux questions relèvent de logiques différentes. En effet, on peut se marier sans s’aimer comme on peut s’aimer sans se marier.

Beaucoup de femmes se résignent au calvaire d’un mariage désastreux, du fait de la crainte des tracasseries du divorce et des conséquences de la séparation sur la vie morale et matérielle des enfants. Le divorce traumatise toujours alors qu’aucune loi, aucune religion n’oblige les hommes et les femmes à se marier. Alors, pourquoi se marie-t-on ? Une réponse satisfaisante à une question aussi anodine que complexe ne saurait être théorique. A partir du moment où elle s’adresse à des expériences vécues, elle doit s’arrimer au réel et tendre une oreille attentive et discursive aux personnes impliquées. Dans cette perspective, nous avons réalisé un micro sondage dans 5 quartiers[1] de la région de Dakar sur un échantillon[2] de deux cent personnes (cent hommes et cent femmes). Vu le caractère sommaire de l’enquête, les résultats obtenus ne sont certes pas généralisables, mais ils tracent quelques pistes attractives dans l’optique d’une investigation plus scientifique et plus approfondie.

(Femmes) Pourquoi vous êtes-vous mariée ou pourquoi voulez-vous vous marier ?

Pour faire comme tout le monde

Pour faire des enfants

Pour être à l’abri du besoin

Par amour

Pour ne pas forniquer

En raison de la pression des parents

31 %

20 %

15 %

13 %

11 %

10 %

 

(Hommes)  Pourquoi vous êtes-vous marié ou pourquoi voulez-vous vous marier ?

Pour fonder une famille

Parce qu’il faudra le faire tôt ou tard

Par amour

Pour «s’approprier» une femme aimée

Pour avoir une compagne

Pour ne pas être mal vu

24 %

22 %

17 %

17 %

13 %

07 %

 L’amour ne serait donc pas le principal motif du mariage. Certains hommes avouent s’être engagés au mariage sur la base d’une simple photo ou d’un film, parce que c’était le seul moyen de disqualifier les autres prétendants, en attendant de réfléchir. L’attrait physique serait généralement plus déterminant chez les hommes que chez les femmes.

Il est évident que la pression sociale réduit sensiblement la liberté de se marier ou de ne pas se marier. Bien souvent, on se marie parce qu’il faut se marier, donc par pure convenance. On consent au mariage «pour faire comme tout le monde», «parce qu’il faudra le faire tôt ou tard», «pour faire plaisir aux parents», «pour ne pas être mal vu»… De nombreux parents auraient précipité le mariage de leurs enfants pour les préserver du pêché charnel et d’éventuelles naissances hors mariage. La pression économique aussi introduit des biais dans le consentement au mariage. Beaucoup de femmes n’hésitent pas à s’attacher à des hommes pour des raisons financières. Elles découvrent par la suite le supplice d’entretenir des relations physiques avec un partenaire qu’on n’aime pas et, finalement, hésitent entre la résignation et la séparation.

Il est intéressant de noter que les hommes se disent préoccupés par la famille alors que les femmes sont davantage attachées aux enfants. Il est apparu, dans les discussions, que certaines femmes se marient dans le seul dessein d’avoir des enfants légitimes ; lorsqu’elles atteignent cet objectif, elles songent à la séparation pour retrouver leur liberté. D’autres, sans oser divorcer, délaissent leur mari et les poussent, d’une certaine manière, dans les bras d’autres femmes plus attentionnées et plus aimantes.

D’autres questions subsistent. La passion qui est à l’origine du mariage peut-elle être maintenue à l’épreuve du temps ? Lorsque cette passion cède la place à la routine, les partenaires ne ressentent-ils pas un besoin de renouvellement ou de redécouverte de certaines sensations ? Est-ce là un pas heureux vers la relance du mariage ou une ouverture malheureuse vers le divorce, l’adultère ou la polygamie ? Qu’est-ce qui, en dehors de la psychose de la rupture, maintient ensemble des époux aux humeurs manifestement incompatibles ? L’entente sexuelle, l’angoisse de la solitude, l’éloignement des enfants ? Si les hommes et les femmes ne doivent se marier que parce qu’ils s’aiment, peut-on leur refuser le droit de se quitter lorsqu’ils ne s’aiment plus ? Mais en liant le maintien du lien conjugal aux humeurs respectives des époux, ne risque-t-on pas de banaliser le mariage et de désacraliser la famille ? Comment concilier la liberté individuelle de chaque époux de s’engager et de se désengager et l’intérêt collectif de la famille et de la société ?

La conception du mariage s’inspire du contexte social. En Afrique, ce contexte fait d’une aliénation de l’individu au groupe, d’une très forte immixtion des familles respectives dans la vie du couple, de pauvreté…, contribue à vicier le consentement au mariage. Bien souvent, on s’engage au mariage pour des raisons étrangères au mariage… La société ne peut prétendre à l’harmonie et à la stabilité que si les différentes alliances qui s’établissent en son sein pour donner naissance à la Famille , reposent sur des raisons saines et des motivations légitimes. Or, cette cellule fondamentale qu’est la famille se construit sur la base du mariage. Stabiliser et pacifier le corps social revient donc à assainir le mariage pour l’affranchir des dérives qui polluent la relation humaine.

Auteur : Rosnert Ludovic ALISSOUTIN

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Son adresse électronique : grefroska@hotmail.com


[1] Quartiers de Mermoz, Fann, Castors, Medina Gounas, Yeumbeul. Les principaux critères utilisés sont : la situation géographique et le niveau de vie.

[2] L’échantillonnage a été effectué selon la méthode probabiliste.

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Published by M. Mady DANFAKHA - dans LE SENEGAL
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