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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

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10 mai 2006 3 10 /05 /mai /2006 19:32

Ce mercredi 10 mai 2006, la France commémore la mémoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions. C’est la première fois, en France, qu’une journée est consacrée au souvenir de ces pages sombres de l’histoire humaine. Et cette date du 10 mai est désormais inscrite dans le calendrier de la république française par la volonté de son président, monsieur Chirac.

En effet, c’est en janvier dernier que le chef de l’Etat français a pris la décision de faire du 10 mai de chaque année une journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition. Et cela pour, comme l’a précisé ce mercredi 10 mai 2006 monsieur Chirac lui-même, « regarder tout notre passé en face, sans concession mais sans rougir ». Voila qui est pour le moins clair et précis. Et pourtant que de polémiques, que de prises de positions et que d’incompréhensions aura suscitées cette décision du président français. Pour ma part, je trouve qu’une telle journée était non seulement nécessaire mais qu’elle ne doit être que le début de quelque chose. Le début d'un processus. Celui qui doit amener chaque Français - quelque soit son origine par ailleurs - à mesurer le poids de l'histoire commune. Pas un aboutissement.

Avant de vous dire pourquoi pour moi il était important qu'un jour soit dédié à la mémoire de ces faits, je voudrais saluer cette décision du président Chirac. Il fallait le faire. Il l’a fait. On peut penser ce qu’on veut de son action à la tête de la France , l’Histoire, elle, retiendra qu’il est le président français qui a pris cette décision. Le commerce abominable des Noirs a été aboli en France depuis plus d’un siècle et demi. Combien d’hommes ont dirigé ce pays depuis ? Il en fallait un pour dire qu’il faut une journée pour que la république rende hommage à ceux qui ont été victimes de cet innommable traitement. Il a été celui-là.

Je parlais plus haut des polémiques qui ont entouré cette célébration. La première est venue de… la communauté noire elle-même ! Eh oui. Les Noirs de France de France se sont déchirés sur la date à retenir. Certains voulaient que la journée officielle soit célébrée le 23 mai (car le 23 mai 1998 a eu lieu la première manifestation d’envergure à Paris pour réclamer la reconnaissance de ce crime contre l’humanité qu’a été l’esclavage), d’autres voulaient la date du 27 avril (c’est le 27 avril 1848 qu’est paru le décret abolissant l’esclavage en France). Le président a choisi le 10 mai date anniversaire du vote d’un texte de loi porté par la députée guyanaise Christiane Taubira qui faisant de la Traite négrière et de l’esclavage des crimes contre l’humanité. Soit. Je trouve cette polémique inutile et dangereuse car elle ne peut que saper l’unité nécessaire à des gens qui se battent pour leurs droits de citoyens.

La seconde polémique est celle-là plus sérieuse et autrement plus inquiétante : elle vient de ceux qui sont partisans du statu quo. En effet pour eux, tout va bien. Dormez braves gens, il n’y a que les fauteurs de troubles pour oser réclamer une journée en mémoire de la Traite des Noirs. Et en plus, «  la France n’a pas à s’excuser en permanence de ce qu’elle a fait » et puis « y en a marre de cette repentance permanente »… Les initiateurs de ce courant sont venus naturellement de l’extrême droite politique. Mais très vite des gens de la société civile à qui on ne connaissait pas de tels penchants se sont mis eux aussi à trouver « inopportune » cette décision du président de la république. Bref, ils ne veulent surtout pas entendre parler de commémoration de quoi que soit d’autres que des victoires, des hauts faits de Grande et Puissante France d’antan ! A ces gens j’ai envie de dire : « vous n’y êtes pas du tout ! » Car enfin, il faut être aveugle et sourd pour ne pas se rendre compte de ces sortes de vies parallèles que mènent deux parties d’une même société. Combien de discriminations faudra-t-il constater, combien d’émeutes faudra-t-il déplorer dans les banlieues, combien de crimes racistes sur les bords de Seine il va falloir supporter pour comprendre que ce devoir de mémoire est absolument nécessaire. Pour comprendre que c’est une des voies de l’apaisement de la cohabitation entre tous les membres de la communauté nationale.

Cette journée, c’est moins pour ressasser des rancoeurs que pour se dire : « plus jamais ça ! ». De se dire : « des hommes ont été capables de cela aussi ! ». Pour avancer de façon positive. Et dans la continuité de cela, je pense que les historiens de tous bords devront commencer à se pencher sérieusement sur cette période et nous faire partager les résultats de leurs recherches à travers des ouvrages à grande diffusion (et pas seulement cantonnés aux milieux universitaires). Juste pour que l'on sache. Comme cela a été bien et utilement fait pour la barbarie nazie contre les juifs. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de comparer, ni de hiérarchiser les souffrances ! Pas de « à horreur, horreur et demi ! » Il s'agit simplement de combattre l'ignorance. Car, à mon avis, c'est l'ignorance qui est à la base la plupart de nos malentendus et de la persistance de certains clichés.

 Car au-delà des demandes de reconnaissance de crimes des uns et des refus de repentance permanente des autres, il y a un vrai problème aujourd'hui autour de la question des Noirs de France . Et, pour moi, ce malaise qui empêche de vivre ensemble de façon harmonieuse, prend sa source dans une sorte de résidu de complexe de supériorité fortement nostalgique des uns d'une part et d'une réelle difficulté à se débarrasser de l'habit du "colonisé", de la "victime" de traite négrière, de l'originaire du continent le plus "malheureux" etc. d'autre part. Et tout cela parce que les choses ne sont pas dites, ne sont pas expliquées et ne sont pas, in fine, comprises. C'est pour cela qu'il me paraît important qu'il y ait une date pour s'arrêter, réfléchir, dire et expliquer les choses.

 Dans le même ordre d’idées, je pense que c'est une excellente chose que l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la colonisation » soit supprimé et non « réécrit ». Voila une maladresse qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques sur le « mieux vivre ensemble » auquel nous devons tous aspirer.

Finalement cette première journée de la mémoire a bénéfié du service minimum : une inauguration par le président de la république d'un monument au parc du Luxembourg à Paris, quelques actions symboliques dans certaines écoles (lecture de poèmes de Senghor et de Césaire) et quelques conférences. Espérons qu'avec le temps, cette journée connaîtra un peu plus d'ampleur. Pour que les choses soient dites. Et surtout mieux entendues, donc mieux comprises. Pour qu'un jour, un Français à la peau noire oublie qu'il a la peau noire. Et qu'il se revendique juste comme un Français qui aime son pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour en savoir plus :

 

 

 

 

 

- La documentation sur l'esclavage mise en ligne par l'émission Thalassa de la chaîne française France 3, après un formidable numéro diffusé le vendredi 05 mai 2006 intitulée "esclavages d'hier et d'aujourd'hui".

- Toujours sur le site de l'émission Thalassa, les liens utiles pour aller plus loin sur le sujet.

- Lire l'interview de Boubacar Joseph Ndiaye, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée au large de Dakar (au Sénégal), sur Afrik.com.

 

M. Mady DANFAKHA

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Published by M. Mady DANFAKHA - dans LA FRANCE
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commentaires

nathalie 11/06/2008 19:15

un webmaster sans-papires crée un site un peu bizarre un dictionnaire des sites français avec lequel il veut atteindre 1 million d'euro et devenir millionnaire voici son site :http://www.jeseraimillionnaire.com

christophe 12/05/2007 13:12

bonjour
 
merci pour vos articles qui me font chuad au coeur.
http://ma.france.de.demain.over-blog.net/
christophe

imam grouik-grouik 30/04/2007 05:16

Ce n'est pas un problème que de parler de l'esclavage, mais cela prend effectivement une tournure de repentance malsaine si seuls les Européens doivent faire la lumière sur leur passé.
Outre le fait que l'abolition de l'esclavage est une idée européenne et qu'absolument tous les peuples y ont eu recours depuis les débuts de l'humanité avant ces abolitions, il faut tout de même préciser deux choses.
1. L'esclavage entre africains a toujours existé, et existe toujours dans certains endroits - Mauritanie par exemple.
2. Les Arabes ont mis en esclavage plus de noirs que le européens ne le faisaient. Leur descendance est bien moins nombreuses tout simplement parce que les hommes étaient castrés. Les conditions de vie y étaient encore pires que dans les colonies "blanches".
3. Les Européens ont profité d'un commerce déjà existant et ont fait marché la loi de l'offre et de la demande pour acheter des esclaves avec de la verrerie principalement - car ce qu'on oublie de préciser c'est que les navires du commerce triangulaire ne partaient pas à vide d'Europe...

Jauna 22/09/2006 12:50

Bon maintenant que vous vous êtes occupés de vos petites personnes il est temps de mettre autant de ferveur pour faire cesser les agissements des meutriers de peuples entiers.
Pourquoi ne pas mettre autant de bonnes volontés pour sauver les peuples du Darfour, Tchétchéne,  du Tibet,  H\\\'mong,  Karen, Karenni, Kurdes ...
Ce serait bien plus utile de sauver des humains qui vivent des horreurs et souffrent dans leurs chairs au moment même où vous lisez ces lignes !

Gérard 12/07/2006 18:53

Effectivement, cette période est horrible, et les comportements odieux des occidentaux étaient guidés par l'appât du gain ! C'est inhumain !  Mais pourquoi n'abordez-vous jamais l'esclavage des chrétiens blancs par les musulmans  arabes et noirs, qui a était au moins aussi important que l'autre, et guidé par les aspirations ? L’argent ! Est-ce un oubli ou de la gêne ? Je vous accorde néanmoins que nous avons tous, dans de pareilles affaires, du mal à être objectifs et intellectuellement honnêtes !
 

Vous pouvez aussi reconnaître, et cela nous fera grand plaisir, que depuis ces lointains et horribles événements, la France a bien changé ! La preuve c'est que vous, les africains,  y êtes nombreux et parfaitement heureux...
 

Salutations
 


Gérard