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Ce mercredi 10 mai 2006,
En effet, c’est en janvier dernier que le chef de l’Etat français a pris la décision de faire du 10 mai de chaque année une journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition. Et cela pour, comme l’a précisé ce mercredi 10 mai 2006 monsieur Chirac lui-même, « regarder tout notre passé en face, sans concession mais sans rougir ». Voila qui est pour le moins clair et précis. Et pourtant que de polémiques, que de prises de positions et que d’incompréhensions aura suscitées cette décision du président français. Pour ma part, je trouve qu’une telle journée était non seulement nécessaire mais qu’elle ne doit être que le début de quelque chose. Le début d'un processus. Celui qui doit amener chaque Français - quelque soit son origine par ailleurs - à mesurer le poids de l'histoire commune. Pas un aboutissement.
Avant de vous dire pourquoi pour moi il était important qu'un jour soit dédié à la mémoire de ces faits, je voudrais saluer cette décision du président Chirac. Il fallait le faire. Il l’a fait. On peut penser ce qu’on veut de son action à la tête de
Je parlais plus haut des polémiques qui ont entouré cette célébration. La première est venue de… la communauté noire elle-même ! Eh oui. Les Noirs de France de France se sont déchirés sur la date à retenir. Certains voulaient que la journée officielle soit célébrée le 23 mai (car le 23 mai
La seconde polémique est celle-là plus sérieuse et autrement plus inquiétante : elle vient de ceux qui sont partisans du statu quo. En effet pour eux, tout va bien. Dormez braves gens, il n’y a que les fauteurs de troubles pour oser réclamer une journée en mémoire de
Cette journée, c’est moins pour ressasser des rancoeurs que pour se dire : « plus jamais ça ! ». De se dire : « des hommes ont été capables de cela aussi ! ». Pour avancer de façon positive. Et dans la continuité de cela, je pense que les historiens de tous bords devront commencer à se pencher sérieusement sur cette période et nous faire partager les résultats de leurs recherches à travers des ouvrages à grande diffusion (et pas seulement cantonnés aux milieux universitaires). Juste pour que l'on sache. Comme cela a été bien et utilement fait pour la barbarie nazie contre les juifs. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de comparer, ni de hiérarchiser les souffrances ! Pas de « à horreur, horreur et demi ! » Il s'agit simplement de combattre l'ignorance. Car, à mon avis, c'est l'ignorance qui est à la base la plupart de nos malentendus et de la persistance de certains clichés.
Car au-delà des demandes de reconnaissance de crimes des uns et des refus de repentance permanente des autres, il y a un vrai problème aujourd'hui autour de la question des Noirs de France . Et, pour moi, ce malaise qui empêche de vivre ensemble de façon harmonieuse, prend sa source dans une sorte de résidu de complexe de supériorité fortement nostalgique des uns d'une part et d'une réelle difficulté à se débarrasser de l'habit du "colonisé", de la "victime" de traite négrière, de l'originaire du continent le plus "malheureux" etc. d'autre part. Et tout cela parce que les choses ne sont pas dites, ne sont pas expliquées et ne sont pas, in fine, comprises. C'est pour cela qu'il me paraît important qu'il y ait une date pour s'arrêter, réfléchir, dire et expliquer les choses.
Dans le même ordre d’idées, je pense que c'est une excellente chose que l'article 4 de la loi du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la colonisation » soit supprimé et non « réécrit ». Voila une maladresse qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques sur le « mieux vivre ensemble » auquel nous devons tous aspirer.
Finalement cette première journée de la mémoire a bénéfié du service minimum : une inauguration par le président de la république d'un monument au parc du Luxembourg à Paris, quelques actions symboliques dans certaines écoles (lecture de poèmes de Senghor et de Césaire) et quelques conférences. Espérons qu'avec le temps, cette journée connaîtra un peu plus d'ampleur. Pour que les choses soient dites. Et surtout mieux entendues, donc mieux comprises. Pour qu'un jour, un Français à la peau noire oublie qu'il a la peau noire. Et qu'il se revendique juste comme un Français qui aime son pays.
Pour en savoir plus :
- La documentation sur l'esclavage mise en ligne par l'émission Thalassa de la chaîne française France 3, après un formidable numéro diffusé le vendredi 05 mai 2006 intitulée "esclavages d'hier et d'aujourd'hui".
- Toujours sur le site de l'émission Thalassa, les liens utiles pour aller plus loin sur le sujet.
- Lire l'interview de Boubacar Joseph Ndiaye, le conservateur de la Maison des esclaves de Gorée au large de Dakar (au Sénégal), sur Afrik.com.

