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JDS BLOG

Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !

 

L’Organisation des Nations Unis s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire. C’est en principe, surtout en Afrique, un âge ou on devient sage et respecté. Eh bien, force est de constater que ce n’est pas le cas de l’ONU. Jamais l’organisation internationale n’a été aussi controversée.

Monsieur Kofi Annan

Depuis l’attaque de l’Irak par les Etats-Unis, au mépris des résolutions de l’ONU et des ses inspecteurs sur le terrain, le siège de New York et son prestigieux locataire n’ont cessé d’être dans la tourmente : scandale de l’affaire « pétrole contre nourriture » (qui a même valu au fils de Kofi Annan d’être soupçonné de malversations financières), la question de l’utilité de l’ONU, de ses capacités d’action, la question de la justification du droit de veto accordé à cinq pays sur près de 175, la poussée des pays réclamant un siège permanent au Conseil de Sécurité etc. Il a même été question de faire disparaître l’ONU et la remplacer par une organisation plus en phase avec le 21ème siècle, de la même manière que l’ONU a remplacé la défunte SDN (Société Des Nations). C’est ce qui rend intéressant cette interview exclusive de plus de vingt-six minutes qu’accorde le secrétaire général de l’ONU, le ghanéen Kofi Annan, à TV5. Et en français s’il vous plait !

Visionner l’interview accordée à TV5 par Kofi Annan

La star française du rap, Stomy Bugsy, s’est exprimée sur les incendies récents de Paris qui ont fait des dizaines de morts dans la communauté africaine de la capitale française. C’était samedi 10 septembre 2005 dans l’émission de Thierry Ardisson « Tout le monde en parle » sur la chaîne de télévision française France 2. Le rappeur, dont les parents africains viennent des îles du Cap-Vert au large du Sénégal, a préféré lire un texte qu’il a écrit tellement l’émotion était forte. Il faut dire qu’il est intervenu après le témoignage très émouvant de mademoiselle Fatoumata Diarra qui a perdu sa fille de quatre ans, 3 frères, quatre sœurs et un cousin ! Epouvantable ! C’est grâce à Hamed Daye (membre du secteur Ä) et à grioo.com que je peux mettre à votre disposition ce texte fort de Stomy. Merci pour les familles, pour le soutien que les rappeurs leur ont apporté. Voici Stomy s’exprimant devant les cameras de France 2.

"Dans un pays comme la France , des familles nombreuses entassées, dans des pièces insalubres, minuscules avec des cafards, des rats et des souris, certaines de ces familles sont sur liste d'attente, pour un appartement depuis environ quinze ans, en attendant, chaque instant représente un risque de court-circuit, d’inondations, d'effondrements de murs et j’en passe...

Ces familles vivent en permanence dans le danger, dont la grande majorité est d'origine d’Afrique noire.

Comme vous le savez, l'avez vu, je ne vous apprends rien, au cours de ces six derniers mois, une cinquantaine de personnes sont mortes brûlées ou intoxiquées, par les flammes de 3 incendies dont 36 enfants, sans compter une dizaine de blessés graves et des familles rescapées complètement traumatisées.

Deux heures après le drame, du Boulevard Vincent Auriol, M. Sarkozy se pointe comme une fleur, et ose demander à une rescapée de l'immeuble si les victimes étaient en situation régulière, moins d’une semaine après la catastrophe, plutôt que de tout mettre en oeuvre pour restaurer ces taudis ou reloger tout le monde les forces de l’ordre n'ont rien trouvé de mieux à faire que d'expulser les familles de deux bâtiments sans proposer de les reloger.

Ah si, ils ont décidé de les parquer dans de minuscules chambres d'hôtels proche du périphérique, ils ne sont toujours pas sortis de l’auberge.

Et tout ça le jour de la rentrée des classes, est-ce cela l’état d’esprit de tout le peuple Français?" (Stomy hoche la tête)

"Si c'est comme ça que le gouvernement règle ses problèmes, qu'il ne s'étonne pas de se voir cracher à la face dans les quartiers sensibles.

Je vous rappelle que ces gens sont venus en France terre d'accueil pour travailler honnêtement et durement, je vous rappelle aussi que ces familles payent des loyers, des impôts et que la plupart sont en situation régulière et même si elles ne l' étaient pas, en ce temps de catastrophe naturelle, un homme reste un homme avec ou sans papiers, aucun d'eux ne mérite qu'on les traite comme des chiens, des sous-hommes ou des citoyens de seconde zone, aucune mère ne mérite d'être séparée de ses enfants, comme aucun père ne mérite des coups de matraque devant sa famille pour les déloger.

J'accuse les propriétaires et les agences immobilières de ne pas vouloir louer leurs appartements aux africains et aux immigrés en général,
J'accuse l'Etat de fermer les yeux sur ces réalités, mais quoiqu'il en soit même les yeux bandés et les oreilles bouchées rien ne pourra vous empêcher de respirer l'odeur des corps calcinés

QUE LEURS AMES REPOSENT EN PAIX..."
(Le public applaudit et stomy les remercie)

"Des marches silencieuses ont été suivies en mémoire de toutes ces victimes, c'est bien... Mais aujourd'hui, ce qu'il faut c'est faire du bruit. Réclamer des dédommagements pour les familles des victimes, demander la construction de plus de logements sociaux, demander l' interdiction des expulsions sans relogement, et demander la réquisition et la réhabilitation de tous les logements vides, et croyez moi il y en a !

Avec tous ce que la France a pris à l'Afrique, en hommes, en richesses, en sang, elle pourrait au moins être juste et laisser aux enfants de ceux qui sont morts pour la Mère Patrie , la possibilité de vivre et d’habiter autre chose que des taudis.

Unissons nous dans un esprit de liberté et de fraternité et d’équité"
(Applaudissements et fin)

Visiter le site officiel de Stomy Bugsy

Visiter le site de Hamed Daye

L'article de grioo.com

 

Un collectif nommé « dictateurs stop » appelle à une manifestation à Paris et à New York. Le but étant de demander le départ des dictateurs africains qui continuent de piller notre continent et de maintenir dans une misère d’un autre âge des dizaines de millions d’êtres humains. C’est d’autant plus insupportable que ces dictateurs et leurs familles, pendant que leurs concitoyens se meurent, vivent dans un luxe et une opulence absolument indécents. Nous soutenons donc toute action qui débarrasse l’Afrique de ces rapaces. Les manifestations sont prévues :

A Paris : le jeudi 15 septembre 2005, rassemblement à 12 heures au métro la Muette.

A New York : le mercredi 14 septembre 2005, rassemblement à Ralph Bunche Park (en face de l’ONU, entre la 42ème et la 43ème rue de 7 heures à 13 heures.

Visiter le blog « dictateurs stop »

Adresse du collectif : dictateurstop@yahoo.fr

Cet article est une contribution de monsieur R. L. Alissoutin.

Si l’Homme pouvait disposer d’une machine à remonter le temps, il n’aurait aucune difficulté à vaincre la mort… Malheureusement, le propre du temps c’est son mouvement définitif vers l’avant : le temps passe toujours, il ne s’arrête point, il ne recule jamais. Au Sénégal et en Afrique noire, on ne semble pas avoir compris que si l’écoulement du temps est fatal en soi, la trajectoire du futur est parfaitement maîtrisable. Cheikh Yérim Seck constate que : «Ayant toujours du mal à entrer dans une culture de la production, l’Afrique n’attache aucune valeur au temps…. Des comportements irrationnels, laxistes et amateuristes sont justifiés par une référence à ce qu’il est convenu d’appeler l’heure africaine. Ce qui doit être fait à 10 heures en temps réel, va être fait à midi, heure africaine. En d’autres termes, les africains ont choisi d’être les plus grands retardataires de l’humanité et de rester éternellement à la traîne[1]». La défunte compagnie Air Afrique avait fini par prendre l’éloquente appellation : «Air peut-être»… Vieux Savané admet, malgré lui, qu’«une conception élastique du temps a forcément des conséquences sur le rendement[2]».

«Le refus de la tyrannie du temps» n’est peut-être pas totalement blâmable. Anne Cécile Robert défend que «refuser la cadence ou la dictature du temps ne signifie pas refuser de travailler ou l’incapacité de travailler sérieusement ou avec dévouement. Cela signifie que l’acte de travail s’inscrit dans un rapport à la vie et à la sociabilité différent[3]». Elle est donc loin de partager le constat paradoxal de Cheikh Yérim Seck selon lequel : «Les africains sont, sur la planète, les plus pauvres, les moins développés et plus réticents au travail[4]».

La postérité se prépare, l’avenir se construit, le futur s’invente. Le destin n’existe que lorsque toutes les voies de recours humainement possibles ont été épuisées ; le cas de force majeur ne peut être légitimement invoqué que lorsque l’événement incriminé est anormal, imprévisible, irrésistible et extérieur à la volonté de l’acteur. Le recours abusif à la sorcellerie et au fétichisme est un aveu d’impuissance face à la contingence présumée du futur. Il est révélateur d’une incapacité à mettre la raison et l’action au service d’un objectif rationnel et d’une tendance aléatoire et laxiste à obtenir un résultat voulu sans endurer les sacrifices correspondants.

La nonchalance de l’Africain face à l’épreuve et à l’urgence est-elle une forme de résilience[5] ou une marque de résignation ? Le fatalisme suffit-il à expliquer la léthargie de la culture africaine, «sa passivité, son manque d’ardeur à aller à la rencontre des autres cultures avant que ces dernières ne s’imposent à elle et ne l’écrasent, son incapacité, une fois le mal fait, à évoluer à leur contact sans tomber dans un mimétisme abject[6]».

Cette attitude irrationnelle de l’africain face au temps et au futur mérite d’être diagnostiquée dans une optique curative.

La gestion optimale du temps, loin d’être une question de capacité ou de niveau d’instruction, relève d’abord de la culture individuelle et collective. Tout est lenteur en Afrique : la démarche, les salutations, la cuisson, le langage, etc. Et l’on persiste dans l’inertie et l’insouciance «comme si l’espoir du bonheur à venir l’emportait sur les enseignements de l’histoire[7]». C’est cet espoir et cette attente pieuse de lendemains meilleurs qui poussent certains à faire un nombre élevé d’enfants alors qu’ils n’ont même pas les moyens de se nourrir eux-mêmes.

L’environnement et les conditions d’existence constituent aussi un facteur déterminant. La misère et la précarité réduisent les âmes à la recherche du minimum quotidien : il faut survivre aujourd’hui ; pour demain, on verra. La terrible pression des besoins vitaux finit d’ailleurs par grignoter la rationalité et imposer la formule : «Agir d’abord, réfléchir après». Dans ces conditions, la spéculation sur les futurs possibles s’égare dans les réalités de la débrouille quotidienne. Certains putschistes arrivent au pouvoir par l’épée, sachant parfaitement qu’ils risquent, eux aussi, de périr par l’épée. Mais pour eux, la question de leur propre sécurité est une question future, l’essentiel est d’accéder aux délices du pouvoir dans l’immédiat, pour s’extirper d’une pauvreté acquise depuis la naissance. Le dirigeant africain est très peu favorable à des investissements à long terme. Il préfère les actions tapageuses susceptibles de donner des fruits immédiats auxquels il va lui-même goûter.

Au Sénégal, suite aux fortes pluies qui ont suscité des inondations dans certains quartiers de la capitale notamment, on parle de report des élections législatives de 2006 pour le financement d’urgence des secours aux sinistrés. Les quantités de pluies recueillies sont certes inhabituelles, mais elles ne sont ni inédites, ni excessives[8] outre mesure. Les causes véritables des inondations sont à rechercher dans la vétusté et la faiblesse des systèmes d’évacuation des eaux de pluie, l’imprévoyance des services chargés de l’assainissement, la construction de cités ou de bâtiments clandestins dans des zones de captage et d’accumulation d’eau, dans des bas fonds et des marigots temporairement asséchés. Ces causes sont sciemment ignorées au profit d’opérations ostentatoires de recasement. La prospective est donc sacrifiée sous l’égide d’options purement conjoncturelles. On reste confiné à l’immédiateté au lieu de s’ouvrir à une gestion anticipative et prévisionnelle. Qu’adviendra-t-il des élections combinées de 2007, si de nouvelles inondations arrivaient en 2006 ?

Dans le cas sinistre du bateau le Joola, la déroute des services responsables à l’annonce de la catastrophe montre bien qu’aucun plan d’urgence véritable n’avait été conçu par anticipation, alors que le bateau, régulièrement surchargé et manifestement déséquilibré, portait, depuis sa mise en circulation, les germes du drame. En Gambie, pays au large duquel le bateau a chaviré avec des corps retrouvés ça et là sur la plage, le ferry continue à faire la navette sur le Fleuve sans distribution de gilets de sauvetage aux passagers…

Le Sénégal est l’un des pays d’Afrique les plus prolixes en matière de planification. La plupart des secteurs de la vie économique et sociale (santé, population, éducation, environnement, jeunesse, etc.) ont fait l’objet de documents de planification et de stratégie. Mais peu d’efforts sont consentis dans la mise en œuvre et le suivi de ces plans. Les séminaires d’évaluation et de capitalisation dans ce domaine sont généralement taillés sur la mesure d’un projet vorace de détournement d’une partie du budget affecté à l’organisation de la manifestation.

Il est évident que vouloir changer radicalement une attitude devenue habitude, un mode de vie devenu culturel, est une entreprise aussi prétentieuse que vaine. Mais dans l’intérêt du rattrapage du retard économique et social de l’Afrique, le rapport de l’homme au temps ainsi que sa vision du futur gagneraient à s’insérer dans le cadre d’une culture du résultat efficient. Les défis urgents du développement doivent être relevés avec diligence afin que le capital temps épargné soit réinvesti dans d’autres combats.

Les différents plans de développement pilotés par l’Etat devraient être conçus dans une mouvance réellement participative afin que les populations bénéficiaires se les approprient et s’investissent activement dans leur mise en œuvre. Les opérations d’exécution des contrats administratifs, des missions de service public, des plans de développement, des budgets  régulièrement adoptés par l’autorité compétente, devraient être astreintes à des délais rigoureux sanctionnés par des pénalités de retard à l’encontre des responsables.  Cela suppose que pour chaque tache prévue, un responsable soit désigné avec précision et pertinence.

La gestion du temps n’est généralement enseignée que dans les écoles de management, comme si elle n’était qu’une exigence économique. La rationalisation du rapport de l’homme au temps est une condition du progrès. Elle intéresse donc tous les aspects de l’existence et mérite d’être érigée en préoccupation fondamentale dans les stratégies d’éducation populaire. Au vieux proverbe «Time is money», on pourrait ajouter «Time is life»…

Auteur : Rosnert Ludovic ALISSOUTIN

Email de l’auteur : grefroska@hotmail.com

Blog de l’auteur : http//www.rlalissoutin.com


 

[1] Cheikh Yérim Seck, Afrique, le spectre de l’échec, Paris, L’Harmattan, 2000, p. 273.

[2] Vieux Savané, Suprême supercherie, Sud Quotidien, Dakar, 26 avril 2003.

[3] Anne-Cécile Robert, L’Afrique au secours de l’occident, Paris, Editions de l’Atelier, 2004, p 103.

[4] Cheikh Yérim Seck, op.cit., p. 274.

[5] Selon le Petit Larousse (2005), aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit des circonstances traumatiques.

[6] Daniel Etounga Manguelle, L’Afrique a-t-elle besoin d’un programme d’ajustement culturel ? ; Paris, Editions Nouvelles du Sud, 1989, p. 21.

[7] Gilbert Rist, Développement, Histoire d’une croyance occidentale, Paris, Presses de Sciences Politiques, 1996, cité par Grain de Sel n° 7, octobre 1997, p. 7.

[8] La base prévisionnelle aurait dû être le maximum de quantités de pluies déjà recueillies sur le territoire national. Or, les quantités recueillies à Dakar sont largement en deçà de celles de la ville de Kaolack située à moins de 150 km à vol d’oiseau.

Cet article est une contribution de monsieur R.L. Alissoutin.

Monsieur le Président de la République ,

Nous venons partager avec vous l’amertume du constat de la destruction du mythe du service public et de la profanation des institutions qui en ont la charge. Pour rester positif malgré le deuil, il importe d’exhumer les racines profondes de cette morbidité institutionnelle et de les soumettre à une autopsie sans complaisance pour jeter les bases d’un service public nouveau, libéré des tentations partisanes et arrimé à une dynamique ferme de rationalité, d’éthique et de résultat.

Certes, tout n’est pas négatif. D’admirables citoyens, hommes et femmes, soucieux de tendre une main digne et méritante au trésor public à l’échéance salariale, s’arrachent au sommeil très tôt le matin, bravent les affres du transport urbain ou de la canicule rurale, pour servir l’Etat en âme et conscience. Des chefs de service s’engagent à combattre la gangrène laxiste et népotiste dans l’action publique, même si certains de leurs agents, accrochés à la culture du repos, tentent de les éliminer en déposant sur leur fauteuil un œuf mystique ou en aspergeant leur bureau d’une eau maléfique. De valeureux fonctionnaires, bien qu’ayant été admis à la retraite, continuent à fréquenter gracieusement les lieux du sacerdoce, happés par l’amour du service et le désir de rester utile à la nation.

Mais, fondamentalement, l’action administrative est dégradée par la légèreté, l’amateurisme et l’indiscipline. Le phénomène est grave car le service public est la raison d’être de l’Etat qui ne dispose de pouvoir que pour l’assurer au mieux. Quelles en sont les manifestations et les causes ? Quels pourraient en être les remèdes ?

Dans les gouvernements d’hier et d’aujourd’hui, certains ministres ne se sont jamais exprimés sur le fond des dossiers dont ils ont la charge. Ils ne s’adressent au public que pour chanter les louanges de l’autorité qui les nomme. Du sommet à la base, l’action publique est travestie par des comportements manifestement partisans qui désacralisent la neutralité de l’Etat et provoquent la rupture de l’égalité de traitement entre les citoyens.

Comment ne pas évoquer le cas sinistre du bateau le Joola, preuve lancinante de la nonchalance, de l’inconscience et de l’impunité dans le service public ? Alors que le drame résulte d’une chaîne de négligences criminelles, pas un seul des responsables parfaitement identifiés n’est passé devant le juge. Le service public de la justice a ainsi fait naufrage dans le bateau avec près de deux mille de nos concitoyens. Dans l’affaire dite des Chantiers de Thiès, la curieuse coïncidence entre le discours gouvernemental et les décisions du juge suscite encore des suspicions sur la neutralité de notre justice.

Les retards désinvoltes et l’absentéisme délibéré sont des entraves courantes au principe de la continuité du service public. La journée continue, quoique pertinente dans le principe, a conduit au désordre et au laxisme. Des agents désertent le service à la pause, laissant leur veste sur leur siège pour faire croire à une courte absence, mais ne reviennent que le lendemain. A Dakar, la pluie matinale est utilisée comme prétexte pour ne pas se rendre au service alors qu’elle n’empêche que très rarement la circulation des véhicules.

Dans les hôpitaux, une conscience professionnelle comateuse offre des spectacles horribles. Des cadavres sont transportés avec désinvolture dans les rues des hôpitaux sur des civières moyenâgeuses aux roulettes bruyantes… Des malades agonisants sont interdits d’accès sous prétexte d’un manque de place. Malgré la présence terrible d’un tueur à grande échelle comme le choléra, le personnel médical va en grève. Les revendications sont peut-être légitimes, mais les méthodes sont meurtrières.

Dans nos villes, la défaillance des services de police administrative a conduit à l’anarchie. Les grands carrefours sont bondés de mendiants et de filous, petits et grands ; on s’installe en ville dans des baraques y compris dans les quartiers résidentiels ; on dresse un étalage de pacotilles sans autorisation sur tout espace libre ; on bouche les voies d’évacuation des eaux pluviales par des habitations sauvages, parfois curieusement autorisées ; on laisse circuler et divaguer des bœufs en pleine ville ; on traverse l’autoroute à pied de jour comme de nuit…

En milieu rural, le service public est moribond voire nul. Bien qu’elles soient présidées par une autorité judiciaire, les audiences foraines sont la foire de l’illégalité. On y «renaît» allègrement pour s’inscrire à l’école ou jouer au football à l’étranger ; on y devient «orphelin» pour obtenir une bourse ou un secours... Les morts sont enterrés hâtivement et parfois clandestinement, sans autorisation.

Sous un autre registre, les marchés de travaux, de prestation de services et de fournitures sont conclus dans un mépris constant des règles les plus élémentaires de gestion publique avec un népotisme libéralisé par l’absence de contrôle-sanction. Les commissions chargées d’octroyer les marchés ne sont pas toujours un exemple de probité. Les opérations d’exécution du contrat administratif se déroulent sans qu’aucune règle de transparence ne permette de comparer, en temps réel, les moyens octroyés au coût exact des dépenses effectuées.

 Les causes de cette déliquescence du service public devraient être recherchées d’abord dans les recrutements de complaisance. Des agents, recrutés en nombre pléthorique sur la base de la camaraderie et de la parenté, occupent inutilement l’espace des bureaux, y entretiennent des discussions privées insipides, offrant une image négative du service. Accablés par «Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire[1]», ils se laissent tenter par le bavardage, le syndicalisme tapageur et l’activité partisane dans le service. Les recrutements népotistes introduisent des biais affectifs dans l’exercice du pouvoir hiérarchique. En effet, le chef de service hésite à sanctionner un agent fautif qui se trouve être un proche et parfois un supérieur dans l’ordre familial, ethnique ou religieux. Ce refus de sanctionner affaiblit la règle et encourage la permissivité.

A cela, il faut ajouter les défaillances du système éducatif. L’école sénégalaise forme des savants et des techniciens, mais pas des citoyens. L’éducation nationale est régulièrement meurtrie par des grèves aux revendications sempiternelles. La revendication syndicale est légitime mais elle ne doit jamais primer sur la noblesse de la fonction enseignante. Ce sont ces élèves et étudiants aux diplômes étriqués par des programmes inachevés en raison de débrayages cycliques qui occupent par la suite des postes dans l’administration. Plus qu’une question de savoir et de savoir-faire, le service public est d’abord un état d’esprit. Des agents à l’expertise incontestable reproduisent dans le service les mauvaises habitudes acquises dans la jeunesse ou l’enfance, et c’est là toute la différence entre l’intellectuel et le diplômé[2].

La pauvreté est une autre pathologie révélée par l’autopsie du service public. Les traitements de la fonction publique restant pauvres à l’image de l’Etat qui les distribue, beaucoup sont tentés par la concussion, la corruption et les détournements de biens publics. La quotidienneté des besoins et le fardeau des charges familiales conduisent certains à recourir à ces pratiques illégales pour survivre.

Des initiatives curatives s’imposent. Et ça ne sera pas chose facile car les faussaires du service public sont généralement réfractaires à la critique, surtout lorsque l’émetteur «ne porte pas un nom typiquement sénégalais[3]», comme si la vérité avait une nationalité… Il est évident qu’une simple déclaration d’intention ne pourra pas enrayer des attitudes permissives qui se sont infiltrées dans notre vie professionnelle pour s’y encastrer au fil du temps.

La première mesure à prendre pour éviter de porter un nouveau deuil du service public est assurément l’application rigoureuse des sanctions prévues par les textes. Un dispositif pertinent devrait être mis en place pour sanctionner le refus de sanctionner.

Il urge également de reconstruire une cloison étanche entre la république et le parti politique. L’activité partisane doit être détachée de l’action publique et se dérouler hors du service. Le syndicalisme devrait défendre les droits des travailleurs et non servir de tremplin à des hommes politiques aux intentions inavouées. En plus des qualifications requises, l’éducation à l’éthique citoyenne devrait être la porte d’entrée dans l’administration.

La dynamique de modernisation de l’Etat devrait être renforcée. A chaque fois que cela est compatible avec l’action publique, il faut appliquer à l’administration les techniques de gestion privée qui ont fait leurs preuves en entreprise, dans l’optique de la diligence dans les prestations et de l’efficience dans l’action.

En attendant les Etats Généraux du Service Public, veillez agréer, monsieur le Président de la République , l’urgence de corriger l’état d’esprit des agents publics et, de manière générale, le comportement du sénégalais face au bien public.

Auteur : Rosnert Ludovic ALISSOUTIN

Email de l’auteur : grefroska@hotmail.com



 

 

[1] Nicolas Boileau, Epître XI, à mon jardinier.

[2] http//www.rlalissoutin.com.  

[3] Commentaires de certains lecteurs sur les articles de l’auteur.

 

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