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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !

   

Soyez les bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture ! 
 

Samedi 10 septembre 2005

Cet article est une contribution de monsieur R.L. Alissoutin.

Monsieur le Président de la République ,

Nous venons partager avec vous l’amertume du constat de la destruction du mythe du service public et de la profanation des institutions qui en ont la charge. Pour rester positif malgré le deuil, il importe d’exhumer les racines profondes de cette morbidité institutionnelle et de les soumettre à une autopsie sans complaisance pour jeter les bases d’un service public nouveau, libéré des tentations partisanes et arrimé à une dynamique ferme de rationalité, d’éthique et de résultat.

Certes, tout n’est pas négatif. D’admirables citoyens, hommes et femmes, soucieux de tendre une main digne et méritante au trésor public à l’échéance salariale, s’arrachent au sommeil très tôt le matin, bravent les affres du transport urbain ou de la canicule rurale, pour servir l’Etat en âme et conscience. Des chefs de service s’engagent à combattre la gangrène laxiste et népotiste dans l’action publique, même si certains de leurs agents, accrochés à la culture du repos, tentent de les éliminer en déposant sur leur fauteuil un œuf mystique ou en aspergeant leur bureau d’une eau maléfique. De valeureux fonctionnaires, bien qu’ayant été admis à la retraite, continuent à fréquenter gracieusement les lieux du sacerdoce, happés par l’amour du service et le désir de rester utile à la nation.

Mais, fondamentalement, l’action administrative est dégradée par la légèreté, l’amateurisme et l’indiscipline. Le phénomène est grave car le service public est la raison d’être de l’Etat qui ne dispose de pouvoir que pour l’assurer au mieux. Quelles en sont les manifestations et les causes ? Quels pourraient en être les remèdes ?

Dans les gouvernements d’hier et d’aujourd’hui, certains ministres ne se sont jamais exprimés sur le fond des dossiers dont ils ont la charge. Ils ne s’adressent au public que pour chanter les louanges de l’autorité qui les nomme. Du sommet à la base, l’action publique est travestie par des comportements manifestement partisans qui désacralisent la neutralité de l’Etat et provoquent la rupture de l’égalité de traitement entre les citoyens.

Comment ne pas évoquer le cas sinistre du bateau le Joola, preuve lancinante de la nonchalance, de l’inconscience et de l’impunité dans le service public ? Alors que le drame résulte d’une chaîne de négligences criminelles, pas un seul des responsables parfaitement identifiés n’est passé devant le juge. Le service public de la justice a ainsi fait naufrage dans le bateau avec près de deux mille de nos concitoyens. Dans l’affaire dite des Chantiers de Thiès, la curieuse coïncidence entre le discours gouvernemental et les décisions du juge suscite encore des suspicions sur la neutralité de notre justice.

Les retards désinvoltes et l’absentéisme délibéré sont des entraves courantes au principe de la continuité du service public. La journée continue, quoique pertinente dans le principe, a conduit au désordre et au laxisme. Des agents désertent le service à la pause, laissant leur veste sur leur siège pour faire croire à une courte absence, mais ne reviennent que le lendemain. A Dakar, la pluie matinale est utilisée comme prétexte pour ne pas se rendre au service alors qu’elle n’empêche que très rarement la circulation des véhicules.

Dans les hôpitaux, une conscience professionnelle comateuse offre des spectacles horribles. Des cadavres sont transportés avec désinvolture dans les rues des hôpitaux sur des civières moyenâgeuses aux roulettes bruyantes… Des malades agonisants sont interdits d’accès sous prétexte d’un manque de place. Malgré la présence terrible d’un tueur à grande échelle comme le choléra, le personnel médical va en grève. Les revendications sont peut-être légitimes, mais les méthodes sont meurtrières.

Dans nos villes, la défaillance des services de police administrative a conduit à l’anarchie. Les grands carrefours sont bondés de mendiants et de filous, petits et grands ; on s’installe en ville dans des baraques y compris dans les quartiers résidentiels ; on dresse un étalage de pacotilles sans autorisation sur tout espace libre ; on bouche les voies d’évacuation des eaux pluviales par des habitations sauvages, parfois curieusement autorisées ; on laisse circuler et divaguer des bœufs en pleine ville ; on traverse l’autoroute à pied de jour comme de nuit…

En milieu rural, le service public est moribond voire nul. Bien qu’elles soient présidées par une autorité judiciaire, les audiences foraines sont la foire de l’illégalité. On y «renaît» allègrement pour s’inscrire à l’école ou jouer au football à l’étranger ; on y devient «orphelin» pour obtenir une bourse ou un secours... Les morts sont enterrés hâtivement et parfois clandestinement, sans autorisation.

Sous un autre registre, les marchés de travaux, de prestation de services et de fournitures sont conclus dans un mépris constant des règles les plus élémentaires de gestion publique avec un népotisme libéralisé par l’absence de contrôle-sanction. Les commissions chargées d’octroyer les marchés ne sont pas toujours un exemple de probité. Les opérations d’exécution du contrat administratif se déroulent sans qu’aucune règle de transparence ne permette de comparer, en temps réel, les moyens octroyés au coût exact des dépenses effectuées.

 Les causes de cette déliquescence du service public devraient être recherchées d’abord dans les recrutements de complaisance. Des agents, recrutés en nombre pléthorique sur la base de la camaraderie et de la parenté, occupent inutilement l’espace des bureaux, y entretiennent des discussions privées insipides, offrant une image négative du service. Accablés par «Le pénible fardeau de n’avoir rien à faire[1]», ils se laissent tenter par le bavardage, le syndicalisme tapageur et l’activité partisane dans le service. Les recrutements népotistes introduisent des biais affectifs dans l’exercice du pouvoir hiérarchique. En effet, le chef de service hésite à sanctionner un agent fautif qui se trouve être un proche et parfois un supérieur dans l’ordre familial, ethnique ou religieux. Ce refus de sanctionner affaiblit la règle et encourage la permissivité.

A cela, il faut ajouter les défaillances du système éducatif. L’école sénégalaise forme des savants et des techniciens, mais pas des citoyens. L’éducation nationale est régulièrement meurtrie par des grèves aux revendications sempiternelles. La revendication syndicale est légitime mais elle ne doit jamais primer sur la noblesse de la fonction enseignante. Ce sont ces élèves et étudiants aux diplômes étriqués par des programmes inachevés en raison de débrayages cycliques qui occupent par la suite des postes dans l’administration. Plus qu’une question de savoir et de savoir-faire, le service public est d’abord un état d’esprit. Des agents à l’expertise incontestable reproduisent dans le service les mauvaises habitudes acquises dans la jeunesse ou l’enfance, et c’est là toute la différence entre l’intellectuel et le diplômé[2].

La pauvreté est une autre pathologie révélée par l’autopsie du service public. Les traitements de la fonction publique restant pauvres à l’image de l’Etat qui les distribue, beaucoup sont tentés par la concussion, la corruption et les détournements de biens publics. La quotidienneté des besoins et le fardeau des charges familiales conduisent certains à recourir à ces pratiques illégales pour survivre.

Des initiatives curatives s’imposent. Et ça ne sera pas chose facile car les faussaires du service public sont généralement réfractaires à la critique, surtout lorsque l’émetteur «ne porte pas un nom typiquement sénégalais[3]», comme si la vérité avait une nationalité… Il est évident qu’une simple déclaration d’intention ne pourra pas enrayer des attitudes permissives qui se sont infiltrées dans notre vie professionnelle pour s’y encastrer au fil du temps.

La première mesure à prendre pour éviter de porter un nouveau deuil du service public est assurément l’application rigoureuse des sanctions prévues par les textes. Un dispositif pertinent devrait être mis en place pour sanctionner le refus de sanctionner.

Il urge également de reconstruire une cloison étanche entre la république et le parti politique. L’activité partisane doit être détachée de l’action publique et se dérouler hors du service. Le syndicalisme devrait défendre les droits des travailleurs et non servir de tremplin à des hommes politiques aux intentions inavouées. En plus des qualifications requises, l’éducation à l’éthique citoyenne devrait être la porte d’entrée dans l’administration.

La dynamique de modernisation de l’Etat devrait être renforcée. A chaque fois que cela est compatible avec l’action publique, il faut appliquer à l’administration les techniques de gestion privée qui ont fait leurs preuves en entreprise, dans l’optique de la diligence dans les prestations et de l’efficience dans l’action.

En attendant les Etats Généraux du Service Public, veillez agréer, monsieur le Président de la République , l’urgence de corriger l’état d’esprit des agents publics et, de manière générale, le comportement du sénégalais face au bien public.

Auteur : Rosnert Ludovic ALISSOUTIN

Email de l’auteur : grefroska@hotmail.com



 

 

[1] Nicolas Boileau, Epître XI, à mon jardinier.

[2] http//www.rlalissoutin.com.  

[3] Commentaires de certains lecteurs sur les articles de l’auteur.

 
par M. Mady DANFAKHA publié dans : LE SENEGAL
Jeudi 8 septembre 2005

Après vous avoir invité à l’écouter dans mon précédent article, je vous amène, grâce à la revue « Ankh », à la découverte de l’homme, de sa vie, de ses combats. Cheikh Anta Diop a consacré sa vie à la lutte pour la reconnaissance de l’Afrique noire comme berceau de la civilisation humaine. Et pas seulement en tant que lieu géographique de la naissance de l’Homme, mais aussi et surtout comme génératrice de savoirs et techniques ayant servi à toute l'humanité. Cela peut paraître évident pour certains d’entre vous, mais il faut savoir qu’à l’époque (années 50 à 60) où monsieur Diop menait son combat l’Afrique noire et ses enfants étaient présumés n’avoir absolument rien apporté à l’humanité. L’homme ou la femme d’Afrique était tout simplement vierge de tout savoir élaboré ou structuré. C’était l’époque du « bon sauvage » qui ne savait que rire et danser. Sans le Blanc, il était voué à une disparition certaine ! On n’hésitait même pas à exhiber des « spécimen » de Noir ou de Noire dans les foires en Europe. Et pendant la sortie du dimanche, les familles accouraient, avec les enfants, pour voir ces êtres bizarres ramenés par les colons.

Cheikh Anta Diop

C’est pourquoi, avec d’autres intellectuels africains, Cheikh Anta Diop s’est battu avec acharnement pour rétablir la vérité historique du continent noir. Savant et humaniste, il a cru à un moment devoir s’impliquer dans la vie politique de son pays, le Sénégal. Il y fonda son parti politique le RND (Rassemblement national démocratique). Comme un autre combat à mener contre un autre mal qui pointait le bout de son nez : le néocolonialisme. Seulement le monde politique, avec ses vices, ses coups bas et autres trahisons eut raison de son idéal politique. Ce combat fut moins heureux que celui mené dans les laboratoires d’égyptologie et dans les amphithéâtres de facultés universitaires. N’empêche, il nous aura laissé une œuvre monumentale. Nous serions bien inspirés de nous y plonger de temps à autre.

Cheikh Anta Diop dans son laboratoire

L'Université de Dakar porte aujourd'hui son nom. C'est le minimum qui pouvait être fait pour cet homme exceptionnel.

Pour mieux connaître Cheikh Anta Diop, cliquer sur le lien

par M. Mady DANFAKHA publié dans : DES RAISONS D'ESPERER
Mercredi 7 septembre 2005

Grâce à deux sites Internet de vulgarisation de la Culture afro antillaise, je vous invite à un voyage sonore d’une rare densité intellectuelle. Jugez par vous-mêmes : Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Jean-Philippe Omotunde, Bwemba Bong et Thierry Mouelle comme invités chez vous !

Pour les Africains et ceux qui s’intéressent à la culture africaine et à son histoire, on ne présente plus le Sénégalais Cheikh Anta Diop et le Congolais Théophile Obenga. Les entendre et surtout les voir (pour Th. Obenga, il s’agit d’un DVD dont vous pourrez voir des extraits, mais ce serait tellement mieux de l’acheter et de l’avoir dans votre vidéothèque) est toujours une source d’enrichissement énorme. Les autres invités nous parlent de divers sujets très instructifs. Il vous suffira de cliquer sur les liens ci-dessous pour aller vous plonger dans ces documents rares et exceptionnels que nous avons grâce à menaibuc et africamaat.

Bonne écoute. Et n’oubliez pas : une culture sans racines est vouée à la disparition. Inéluctablement.

Visiter le site menaibuc.com

Visiter le site africamaat.com

 
par M. Mady DANFAKHA publié dans : L'AFRIQUE
Mardi 6 septembre 2005

Les derniers articles que j’ai mis en ligne ont été inspirés par des évènements dramatiques touchant la communauté noire dans le monde en général, et la communauté africaine de Paris en particulier. Certaines choses m’ont mis en colère et d’autres m’ont rendu très triste. Mais toujours est-il qu’aujourd’hui ces évènements m’obligent à une introspection sur notre devenir en tant que peuples de race noire dans le monde. Je rassure tout de suite mes lecteurs : il ne s’agit nullement d’un quelconque sectarisme, ni d’un racisme d’un autre type. Car ma conviction est que ce monde est déjà métissé, multiculturelle et multiethnique. Il le sera davantage dans les décennies à venir. C’est ce que je crois. N’en déplaise aux adeptes de la séparation des races ou de l’horrible « pureté des races ». J’en profite d’ailleurs pour saluer l’extraordinaire mobilisation des Français de souche (tout blancs qu’ils soient !) lors de la manifestation organisée samedi 03 septembre 2005 dans les rues de Paris pour soutenir les rescapés des incendies et demander le relogement des Africains expulsés de leurs squats. Merci à ses Français ordinaires admirables d’humanité. Eux qui sont loin de tout calcul politique ou électoraliste. Encore merci.

Je suis donc partisan du mélange, de la cohabitation entre les peuples et les races. Et dans ce « rendez-vous du donner et du recevoir », comme aimait à le définir le poète président sénégalais Léopold S. Senghor, je me demande ce que nous pouvons être fiers de donner au monde. Non pas que je doute de ce que le Noir Africain peut amener de positif au monde (nos cultures et nos valeurs peuvent, à mon avis, débarrasser le monde de beaucoup de ses travers), mais mon inquiétude est qu’aujourd’hui, si certaines habitudes ne changent pas, si un vrai changement de mentalités ne s’opère pas en nous, nous aurons disparu du banquet des peuples avant d’avoir quoique ce soit à proposer.

Si aujourd’hui, nous sommes tous tristes et en colère devant les images qui défilent sur nos écrans de télé ou dans les pages de nos journaux ou magazines, si nous trouvons insupportables ces incendies où meurent des dizaines d’entre nous, si nous avons du mal à voir ces expulsions d’Africains de leur squats insalubres, si les expulsions manu militari d’Africains sans papiers à Roissy ou à Orly nous donnent envie de descendre de l’avion, Il me semble que nous devons nous poser des questions. Si nous sommes aussi choqués par les images des Afro-américains de New Orleans attendant hagards qu’on veuille bien venir les secourir, nous devons nous poser des questions. Et je me suis posé des questions. Bonnes ? Mauvaises ? Je n’en sais rien. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’en poser et surtout essayer d’y répondre.

D’abord, en ce qui concerne les problèmes des Noirs Africains en France, je me suis d’abord demandé comment se fait-il que depuis tant d’années ils soient de moins en moins considérés, que leur dignité soit de plus en plus foulée au pied, que de sans-papiers ils passent à sans-logis et maintenant certains en arrivent à être sans vie ? Et ces questions, on pourrait se les poser à l’échelle européenne car désormais la tendance est continentale (voir un précédent article de Jds.blog). Sans exonérer les autorités des pays d’accueil de leur responsabilité, mes réponses, je suis allé les chercher en Afrique même. Et le pays que j’y connais le mieux est le mien : le Sénégal.

Le Sénégal a été pendant longtemps une exception en Afrique. Pendant que les coups d’état militaires faisaient florès ailleurs sur le continent, le pays offrait au monde l’image d’une stabilité politique remarquable. Malgré quelques insuffisances, la démocratie sénégalaise se portait plutôt bien. Le président Senghor se permettait même de quitter le pouvoir de lui-même sans être battu à un quelconque scrutin ni renversé par un coup de force. Il estimait simplement qu’il était temps de passer la main. Il était le premier parmi les « pères fondateurs » des nouveaux états indépendants d’Afrique noire à faire un tel geste. Et le nombre de choses qui restaient à créer dans une si jeune démocratie nous donnait le sentiment, à nous les jeunes collégiens de l’époque, qu’on ne devait pas s’inquiéter pour notre avenir ni pour celui de notre pays. Aujourd’hui, nous sommes loin de cette image et de cet optimisme. Comment est-ce arrivé ?

Au cours de mes fréquents voyages au pays j’ai constaté, et beaucoup de mes compatriotes dans ma situation avec moi, qu’en quelques années une sorte d’obsession s’était emparée d’une partie de la jeunesse : quitter le pays ! Et par tous les moyens. Quoiqu’il en coûte ! Vivre au Sénégal était-il devenu si difficile ? Pour eux oui. Au point de vouloir quitter ce qu’on a toujours connu, au point de vouloir affronter ce qu’on ne connaît pas, de se mettre en danger pour une réussite très hypothétique. On peut en penser ce qu’on veut, mais on ne peut pas blâmer un homme qui cherche une vie meilleure pour lui et les siens. Je me suis donc demandé comment le Sénégal est-il tombé économiquement malade au point que ses enfants veuillent le fuir. Et pourtant, ce ne sont pas les intellectuels de haut niveau qui lui manquent. A l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Ne serait-ce qu’en France. Chaque jour, des Sénégalais s’illustrent dans les directions des plus grandes entreprises françaises, des étudiants sénégalais décrochent des diplômes d’enseignement supérieur parmi les plus convoités ici. Même le cliché de l’Africain paresseux et roublard vole en éclats : les Sénégalaises qui travaillent dans les entreprises de nettoyage ou qui sont assistantes maternelles sont très appréciées de leurs employeurs pour la qualité et le sérieux de leur travail. Et je signale en passant que les organisations internationales ne sont pas en reste : Abdou Diouf le Secrétaire Général de la Francophonie , Lamine Diack le président de la Fédération Internationale d’Athlétisme, maître Sidiki Kaba le président de la Ligue internationale des Droits de l’Homme, pour ne citer que ceux-là sont des Sénégalais. Comment un pays regorgeant d’autant de talents et de ressources humaines a-t-il pu conduire une partie de sa jeunesse au désespoir qui conduit à vouloir quitter son pays au péril de sa vie ? Une partie de la réponse se trouve dans l’article publié il y a quelques temps dans ces colonnes sous le titre : « Et si le Sénégal refusait le développement ? ».

En effet cette mentalité qui s’est installée insidieusement dans le pays est en train de compromettre gravement l’avenir du Sénégal. A force de laxisme, de mauvaise foi, de népotisme, d’improvisations les classes dirigeantes ont installé dans le pays une culture du « non effort » : en faire le minimum possible ! Tout le monde, du coup, devient partisan du moindre effort. En se disant : pourquoi en ferais-je plus alors que le patron n’en fout pas une ! Cela s’appelle du sabotage à grande échelle. Inconsciemment, on détruit l’économie d’un pays tout entier. Mais on s’en fiche, du moment que les dirigeants et leurs enfants sont à l’abri. Ils possèdent d’ailleurs des résidences secondaires et des comptes en banques bien garnis dans ces pays qui expulsent leurs compatriotes sans-papiers ! Je ne vous apprends peut-être pas grand-chose en disant cela, mais aujourd’hui le contexte est sensiblement différent : des hommes et des femmes meurent de vouloir fuir la misère. C’est insupportable.

Alors vous imaginez ma colère et ma déception quand, à travers la presse sénégalaise, je découvre, chaque jour un peu plus, l’installation tranquille de l’arbitraire. La politique a désormais perdu toute sa noblesse dans ce Sénégal qui nous avait offert une alternance politique dans la pure tradition démocratique en mars 2000. Abdoulaye Wade avait succédé à Abdou Diouf ouvrant un énorme espoir. Aujourd’hui on est loin de ces moments d’euphorie collective. Et on craint le pire. La politique est devenue alimentaire. On s’en fiche des populations, du moment qu’on remplit sa gamelle à soi ! Les retournements de veste spectaculaires ne dérangent plus personne. Imaginez, au lendemain de la défaite de Lionel Jospin en 2002, François Hollande et Dominique Strauss-Kahn prenant leur carte d’adhérents à l’UMP de Sarkozy ! Impensable bien sûr. Eh bien cela se passe tous les jours dans le Sénégal d’aujourd’hui : le grand n’importe quoi ! Comment s’étonner après cela que les petites gens n’y croient plus. Et comment s’étonner qu’elles aient envie de s’éloigner de tout cela !

Ce que je dis du Sénégal pourrait s’appliquer à beaucoup d’autres pays d’Afrique noire. Il est largement temps de se battre pour que les mentalités changent afin de se donner de réelles chances de nous en sortir. Dans le sérieux, le courage. Surtout le courage. Il est temps de nous regarder dans la glace et de regarder en face ce que nous sommes devenus. C’est le meilleur moyen de refuser cet état de parias du monde qui nous colle à la peau. Car c’est fini le temps où, par orgueil et fierté mal placés, nous niions les travers que les autres nous montraient. C’est à ce prix seulement que nous pouvons redresser la barre, marcher la tête haute sur cette Terre. Et c’est possible, car nous portons en nous la majeure partie des solutions à nos problèmes.

par M. Mady DANFAKHA publié dans : LE MONDE
Dimanche 4 septembre 2005

Vous avez tous vu, comme moi, les images de New Orleans après l’ouragan Katrina. Au-delà du fait que nous assistions, une fois de plus, aux conséquences terribles d’un déchaînement de dame Nature. Au-delà du fait que nous constations, ahuris, que la première puissance mondiale était totalement débordée par les évènements et incapable de faire face, nous faisions au fil des images un constat effrayant : la catastrophe était devenue raciale ! En effet, toutes les victimes ou rescapés, en lambeaux errant dans les rues ou implorant du secours du toit de leur habitation, étaient des Noirs ! Exceptés quelques personnes âgées ou malades de race blanche. Comment cela se fait-il ? Il y avait pourtant des Blancs dans cette ville !

 

En fait, ceux qui sont restés dans la ville après l’alerte donnée par les autorités demandant d’évacuer la ville sont tout simplement les plus pauvres ! Car pour partir, il fallait un minimum de choses : une voiture, quelques provisions de nourriture, du cash sur soi, une bonne carte bancaire avec les comptes en soldes créditeurs qui vont avec. De quoi voir venir. Et cela, les plus pauvres n’en avaient pas. Ils se débrouillaient au jour le jour. Ces pauvres parmi les pauvres, c’est la communauté noire de cette partie des Etats-Unis d’Amérique. Katrina a contribué rendre visible aux yeux du monde, mais aussi et surtout aux yeux des Américains, cette sous société qui était là et qui était… invisible ! Ceux qui l’ignoraient découvrent que derrière les stars de race noire comme Oprah Winfrey, Michael Jordan ou Beyonce Knowles, il y a des millions d’Afro-américains qui vivent dans une très grande misère.

 

Je n’irais pas jusqu’à dire, comme certains, que si les secours ont tardé à arriver, si le président Bush a mis plusieurs jours avant de daigner se déplacer sur les lieux, c’est parce qu’il s’agissait de Noirs ! Mais tout de même, laisser à l’abandon des hommes, des femmes et surtout des enfants qui ont tout perdu, pendant plusieurs jours… alors qu’on vote des rallonges à coup de dizaines de milliards de dollars pour aller se battre en Irak, c’est pour le moins coupable. Mais en tout état de cause, ces évènements doivent, si besoin en était, alerter la conscience de tout être humain de race noire sur la terrible condition qui a été, qui est, et qui sera (si nous ne faisons rien pour changer les choses) celle de l’écrasante majorité d’entre nous sur cette Terre.

 

par M. Mady DANFAKHA publié dans : LE MONDE
 

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