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Un Sénégalais vivant en France met en ligne ce que lui inspirent le Sénégal, l'Afrique, la France et le monde d'aujourd'hui. Ces pages se veulent aussi un lieu d'information sur tout ce qui touche de près ou de loin l'Afrique et les Africains. En bien. En moins bien !
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bienvenus dans cet espace d'échanges libres que j'espère bénéfiques pour le Sénégal et l'Afrique toute entière. Merci d'avance de votre participation.
Bonne lecture !
Depuis une quinzaine de jours, la France entière vit une de ses crises sociales les plus graves : les banlieues des grandes villes sont en feu ! Au sens figuré, mais surtout - et c'est le plus grave - au sens propre ! Les voitures d'abord, puis les bâtiments publics y compris les écoles. Tout flambe ! La situation est tellement grave que le premier ministre a eu recours à une loi d'exception : l'état d'urgence ! Et pourquoi tout cela ? Comment en est-on arrivé là ?
Au départ, il y a la mort tragique de deux jeunes garçons. Se croyant poursuivis par la police (qui s'occupait de quelques délinquants du coin), ces gamins se sont réfugiés dans un local qui abritait un transformateur électrique d'EDF (Electricité de France, la compagnie nationale de fourniture de l'électricité). Ils sont malheureusement morts électrocutés par la très haute tension qui passait par ce lieu. C'est sûr que la mort d'enfant est toujours insupportable. Surtout dans ces conditions. On comprend alors la douleur des proches de ces deux adolescents. Ils ne se doutaient cependant peut-être pas, et nous avec, que ces évènements tragiques allaient fournir le prétexte à un embrasement des quartiers pauvres de toute la France. Pour une meilleure compréhension du déclenchement de cette crise, il n'est pas inutile de préciser que le ministre de l'intérieur, monsieur Nicolas Sarkozy, lors d'une visite à Argenteuil ( en banlieue parisienne ) avait eu des propos à l'endroit des jeunes du quartier qu'il visitait qui ont eu du mal à passer. Il avait promis aux habitants de les débarrasser de "la racaille" qui les empêchait de vivre tranquillement. Bien sûr, les jeunes désoeuvrés du coin n'ont pas aimé qu'on les traite de "racaille". En disant cela, je suis dans l'euphémisme ! Si on ajoute que quelques jours avant, d'autres jeunes s'étaient vus promettre par le même ministre de l'intérieur un "nettoyage au Kärcher" de leur ville ! Pour mes lecteurs non européens, Kärcher est une marque d'appareils électroménagers qui est célèbre en France pour ses nettoyeurs haute pression qui servent à nettoyer des endroits ou des surfaces vraiment sales ! Ces propos sont, pour le moins, malheureux dans ces lieux de vie difficile que sont devenues les banlieues des grandes villes françaises. Aujourd'hui, le calme semble revenir doucement. Pourvu que cela dure. C'est peut-être le moment de chercher pourquoi toutes ces nuits dernières, des voitures brûlent, des affrontements entre forces de l'ordre et émeutiers se reproduisent devant les caméras de télévisions. A mon humble avis, ces actes incensés et d'une rare violence sont le résultat d'une accumulation de frustrations d'abord, une incroyable instrumentalisation politique, sans réelle volonté de changer les choses, du "monde des banlieues" depuis plusieurs décennies ensuite.
D'abord l'accumulation des frustrations. Il faut savoir que l'écrasante majorité de ces jeunes émeutiers partagent le fait d'être : de nationalité française, d'origine négro africaine ou maghrébine, en rupture scolaire ( beaucoup ont quitté l'école en troisième sans diplôme ), au chômage sans perspective d'avenir claire. C'est un cocktail explosif, vous en conviendrez avec moi. Une cocotte minute sans trou pour évacuer la vapeur ! Sur le feu depuis des décennies ! N'imaginez pas le résultat : vous l'avez sous les yeux depuis une quinzaine de jours. Les morts malheureuses des deux jeunes dans le transformateur électrique EDF, les propos du ministre de l'intérieur n'ont été finalement que des prétextes qui ont permis au feu qui couvaient de prendre réellement. La France est, quand on se réfère à sa Constitution, un des pays les plus justes et égalitaires au monde. Sa devise - Liberté, Egalité, Fraternité - est une des plus belles que l'on puisse trouver. Mais dans la réalité de la vie de tous les jours, des injustices inadmissibles ont été traitées à la légère, voire tolérées pendant des années. Etre Noir ou Arabe est devenu un véritable handicap pour beaucoup trop de gens ! Je ne vais pas faire ici la liste complète de toutes les petites ou grandes injustices que vivent tous ceux qui sont un peu trop bronzés de peau. Je vais cependant en citer quelques unes qui vous montrent comment, ou pourquoi, on peut glisser facilement vers le découragement voire le désespoir.
D'abord dans le domaine le plus important pour tout être humain aujourd'hui : l'emploi ou l'activité professionnelle. Il y a quelques années, un jeune Français d'origine tunisienne, diplômé Bac+5 en finances et comptabilité, avait pu parler de ses difficultés à trouver du travail du fait de ses "origines". Il a eu l'idée, après des centaines d'envoi de CV (curriculum vitae) en vain aux banques et institutions financières pour avoir un entretien, de mettre un nom et un prénom bien "français" (du genre Thierry Dupont) sur son CV. Et le "miracle" se produisit. Il reçut, d'une banque avec laquelle il avait essuyé un refus poli, dans la semaine une lettre l'invitant à rencontrer le DRH (directeur des ressources humaines) pour un entretien préalable à l'embauche ! Avec, s'il vous plaît, des phrases du genre : "votre profil et votre parcours nous ont interressé au plus haut point. C'est pourquoi nous souhaitons vous rencontrer..." ! Tout cela alors que le CV était exactement le même que celui qui avait rencontré un refus poli. Cela s'appelle de la discrimination à l'embauche. Et théoriquement, en France, la loi punit toute discrimination liée à la race, au sexe, à la religion etc. On pourrait citer des tas d'exemples de ce type pour des personnes de race noire aussi. Imaginez alors, si ce genre de discrimination arrive à un diplômé Bac+5, ce que peuvent vivre des milliers de jeunes adultes qui ont quitté l'école trop tôt et sans diplôme !
Le deuxième domaine où la discrimination liée aux "origines" fait des ravages dans le pays, c'est le logement. Là aussi, il faut savoir que la couleur de peau est devenue un argument d'attribution de logement. Cela a commencé dans le privé où certaines agences immobilières vous disent carrément, et avec le sourire s'il vous plaît, "le propriétaire ne souhaite pas louer son appartement à une personne de couleur". Nous sommes désolés !" . No comment ! Aujourd'hui ce qui est grave, c'est que cette discrimination au logement atteint le secteur public. En effet, dans l'attribution de logement social du parc public, aujourd'hui des familles d'origine africaine ou arabe peuvent attendre quinze ans avant de se voir attribuer un logement HLM ! C'est impensable dans certaines couches de la population. Et du coup ces malheureux s'entassent dans des immeubles insalubres au risque d'y perdre la vie (voir l'article de Jds.blog sur les incendies de Paris) ou d'hypothéquer l'avenir de leurs enfants. Et quand les familles obtiennent enfin une HLM (habitation à loyer modéré), "on" s'arrange pour que le logement soit situé dans un immeuble déjà occupé par d'autres familles d'immigrés ! Ce qui m'amène à un autre constat.
Aujourd'hui, beaucoup trop d'enfants de parents immigrés ont du mal à l'école. Ce n'est sûrement pas à cause d'une sorte de tare congénitale liée à leur origine. Ou d'une quelconque prédisposition à la délinquance et au refus de l'école ! Mais quand on voit la précarité dans laquelle vivent certaines familles, on comprend que la réussite scolaire va relever du miracle. Quand on y ajoute qu'aujourd'hui, la seule porte de sortie qu'offre le système scolaire scolaire français est l'apprentissage (en clair une voie professionnelle très tôt : à 16 ans !), et que trouver un stage n'est pas facile quand on habite ces quartiers "sensibles" qui sont en flamme aujourd'hui, on comprend alors l'impasse dans laquelle sont engagées toutes ces forces vives d'un pays comme la France.
Je passe rapidement sur ce que j'appelle les "petites misères quotidiennes" de tous les "bronzés naturels" français : difficultés à rentrer dans certaines boîtes de nuit, contrôle policier régulier "au faciès" quand on se promène la nuit, surveillance "rapprochée" dès qu'on entre dans un magasin, vérification électronique du billet de banque qu'on vient de donner à la caissière alors le copain blanc vient de donner la même coupure sans provoquer autant de méfiance etc.
Tout cela se passe quotidiennement. Les pouvoirs publics ne peuvent pas dire qu'ils ne savaient pas. Toutes sortes de signaux d'alerte ont été donnés. Le mouvement associatif alerte tous les jours les dirigeants de ce pays. SOS Racisme, le MRAP (mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) et d'autres font du "testing" (exemple : deux membres de l'association, l'un blanc et l'autre noir, essaient de louer un appartement : le noir essuie un refus, le blanc arrive à avoir l'appartement), et montrent régulièrement la réalité des discriminations raciales. Et personne ne fait rien. Ou si peu. Dominique de Villepin a bien mis dans son gouvernement un sociologue d'origine maghrébine, Azouz Begag, comme ministre chargé de "l'égalité des chances" ! Sauf que ce dernier est traité en sous - ministre par ses collègues du gouvernement. Et pendant ce temps, les discriminations continuent quand même.
Tout cela crée forcément une montagne de frustations, d'humiliations et autres vexations enfouies qui finissent par exploser un jour. Un chiffre : le taux de chômage des moins de 25 ans dans certaines banlieues françaises atteint 50 % ! Pendant que la moyenne nationale est autour de 10 %. On comprend alors que ces jeunes ont mal à leur "francité". Excusez ce néologisme qui signifie simplement un ensemble de valeurs et de sentiments d'appartenance à la communauté nationale. Ils ont dans la poche une Carte Nationale d'Identité française et ont le sentiment qu'ils ne font pas partie de ce pays. Il ne faut pas chercher ailleurs les causes de cet embrasement de la banlieue.
Aujourd'hui, il faut naturellement en appeler au calme. Je trouve dommage que ces jeunes brûlent les voitures des habitants de leurs propres quartiers. Ces gens sont leur compagnons de "galère". Et n'ont pas plus de moyens qu'eux. C'est absurde ! Et de toutes façons, rien ne se réglera dans la violence. Il faut en être convaincu.
Aux pouvoirs publics maintenant de prendre toutes les mesures pour qu'enfin un jeune français dont les parents viennent d'ailleurs ne se sente plus Français de seconde catégorie ou de de seconde zone. Il en va de l'avenir de ce pays. Ce serait trop dommage que ce pays, qui par bien des aspects est formidable, ne régresse. Simplement parce que ses responsables ont regardé ailleurs pendant trop longtemps.
Lire l'interview dans Libération de Trevor Phillips : "La France nie la question ethnique"
La vision de la presse africaine selon Libération
Le quotidien Le Monde se penche sur l'echec de la politique de la ville
Tamba Mo neex waay ! *
*Il fait vraiment bon vivre à Tamba !
Radio Tamba - Live from New York City !
Dans ce petit post, je voulais juste vous faire part d'une petite découverte sur le site de tv5, la chaîne francophone de télévision. En effet, j'ai découvert les fiches actalités du site : les actufiches. J'ai été tellement étonné par la richesse et la clarté de ces pages, que j'ai décidé de partager cette mine avec vous. Car le savoir c'est le pouvoir ! On ne trompe que ceux qui ne savent pas ! Alors allez-y sans modération. Il y en a pour tous les goûts. Les étudiants et chercheurs africains qui n'ont pas d'encyclopédie à disposition seront ravis, j'en suis sûr ! Et c'est gratuit !
Jeudi 15 octobre 1987, samedi 15 octobre 2005 : il y a exactement 18 ans mourait sous les balles de ses plus proches collaborateurs et compagnons un jeune héros de l’Afrique. Il s’appelait Thomas Sankara. Le capitaine Thomas Sankara ! Et cela se passait à Ouagadougou. En ce triste anniversaire, souvenons-nous et méditons sur ce qu’a laissé cette comète qui dans sa fulgurance a marqué une énorme partie de la jeunesse africaine.

Le capitaine Thomas Sankara
Il est né le 21 décembre 1949 à Yako dans ce qui était alors

Thomas Sankara
Le 4 août 1983 un groupe de jeunes officiers amenés par Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Thomas Sankara prit le pouvoir à Ouagadougou. C’était le début d’une courte mais historique période pour le pays qui allait s’appeler désormais le Burkina Faso, le « pays des hommes intègres ». Cette période ne fut pas historique que pour le Burkina Faso, mais pour l’Afrique toute entière. En effet, en quelques années un homme s’est mis à ressembler à un mot : l’espoir !
En quatre ans, Thomas Sankara est devenu l’idole de la jeunesse africaine. Du nord au sud, de l’est à l’ouest du continent, les jeunes (et les moins jeunes) l'ont admiré puis ont tremblé pour lui. Il avait tout pour séduire mais aussi pour convaincre. Chaque mot qu’il prononçait respirait la sincérité, chaque acte qu’il posait nous faisait penser : « j’aurais fait pareil ! ». Très vite, il fit comprendre qu’il fallait d’abord compter sur soi et pas sur les autres. Dans une Afrique qui était habituée à l’assistanat en vivant des « largesses » de l’Occident, cela détonnait. Certaines mesures furent même traitées de démagogiques par ses adversaires. Ainsi, quand il revendit tout le parc de véhicules de luxe des ministères pour leur acheter des Renault 5, ou quand il imposa aux personnalités publiques de s’habiller avec du tissu fabriqué au Burkina Faso (le fameux « Faso Dan Fani ») lors des cérémonies officielles certains rirent sous cape ! Et pourtant ! Cela nous semblait tellement évident à nous lycéens de l’époque. Nous pensions : « pourquoi ne l’a-t-on pas fait plus tôt ? Et surtout pourquoi pas partout en Afrique ? ». N’étions-nous pas le continent le plus pauvre ? Ne côtoyions-nous pas suffisamment la misère au quotidien pour savoir que c’était indécent de rouler en grosses berlines allemandes dans les quartiers si pauvres de nos villes poussiéreuses ? Le pouvoir de Thomas Sankara était comme cela. Une envie sincère de sortir l’Afrique de sa désastreuse situation politique. Une proximité incroyable avec le peuple (ses jogging dans les rues accompagné de la population des quartiers populaires étaient mémorables !). Des mesures simples pour rétablir la justice sociale etc. On en oubliait qu’il était marxiste et que son régime était dit « révolutionnaire ». Tout ce que nous avions retenu, c’était que cet homme était sincère, aimé de son peuple et surtout intègre. Et pour tout cela, il représentait l’espoir de tout un continent. Espoir parce que si lui réussissait à redresser la barre au Burkina Faso, des millions de jeunes Africains s’engouffreraient dans la brèche ainsi ouverte. Et c’est pour cela qu’il était devenu dangereux pour beaucoup de vieux dictateurs africains et leurs tuteurs occidentaux. Nous avions tous peur pour lui. Et lors d’une interview prémonitoire qu’il avait accordée au journaliste de Jeune Afrique Sennen Adriamirado, il disait que si quelqu’un de son entourage proche décidait de l’assassiner, il n’y aurait pas de parade. Il avait malheureusement vu juste : c’est son fidèle « ami » et compagnon de révolution Blaise Compaoré qui lui prit le pouvoir et la vie ce maudit jeudi 15 octobre 1987 en plein après midi ! Thomas Sankara n'avait pas encore 38 ans ! En quelques rafales d’arme automatique, on venait de tuer l’espoir !
Aujourd’hui, ses assassins sont devenus des personnalités « respectables ». Et monsieur Blaise Compaoré, toujours au pouvoir, est considéré même par certains comme un sage de l’Afrique ! A nous il nous reste juste son image, ses propos simples et pleins de sincérité. Quelquefois, un poster replié depuis qu’on a quitté nos chambres d’étudiants. L’Afrique a aujourd’hui besoin d’un autre Thomas Sankara. Pour que renaisse l’Espoir !
Après les dramatiques évènements de Ceuta et Melilla, après la série effroyable d’incendies à Paris qui ont coûté la vie à une cinquante de personnes originaires d’Afrique noire, pendant que des personnes, de la même origine négro africaine, se font expulser des logements insalubres qu’ils ont trouvés en région parisienne pour abriter leur dignité sans certitude d’être relogés, pendant que toutes ces tragédies de la communauté africaine en Europe se déroulent sous nos yeux tous les soirs, c’est avec une grande émotion que j’ai découvert « l’appel à l’insurrection des consciences » samedi 08 octobre 2005 sur le plateau de l’émission "Tout le monde en parle" de la chaîne de télévision française France 2. Ce texte admirable, adopté par le congrès de la Ligue française des Droits de l’Homme en juin dernier, était lu par deux grands comédiens français : Muriel Robin et Guy Bedos. Quelle claque ! J’ai décidé de vous faire découvrir ce morceau d’espoir. Il nous redonne foi en l’Homme. Bonne lecture.
« APPEL À L’INSURRECTION DES CONSCIENCES »
Adopté par le 83ème congrès de la LDH - 5 juin 2005
Des hommes, des femmes, des enfants, sont, aujourd’hui, pourchassés, traqués, empêchés de vivre parce qu’ils ne détiennent pas les quelques grammes de papiers qui sont le sésame de leur dignité.
Ce sont les sans-papiers, venus des anciennes colonies françaises ou d’ailleurs. Ils illustrent les dérèglements du monde, les injustices qui mobilisent la charité ou les dictatures qui provoquent notre effroi. Ils sont venus, souvent au péril de leur vie, parfois la proie de réseaux mafieux qui prospèrent grâce à la fermeture de nos frontières. Ils n’ont commis aucun crime, sauf à considérer que vouloir vivre à toute force et construire un avenir meilleur pour ses enfants n’est pas le droit de chaque membre de la famille humaine.
Après avoir modifié la loi de la pire manière qui soit, le gouvernement aggrave les mesures prises contre les étrangers en les transformant en gibier d’une chasse indigne et, pire encore, en boucs émissaires des maux de la société française. A l’arbitraire de la loi s’ajoute l’arbitraire des pratiques quotidiennes de ceux et de celles à qui l’on a enseigné, pendant des décennies, qu’un étranger est avant tout un fraudeur, tout simplement parce qu’étranger. Les drames deviennent quotidiens tandis que, de toute part, enflent les réflexes xénophobes. Enfants arrêtés en classe, utilisés comme appâts pour arrêter les parents, ou confiés aux services sociaux sous les yeux de leurs parents. Impossibilité de se nourrir, de se soigner, de se loger autrement qu’entre caves et murs suintant la misère, parfois au péril de sa vie, contraints à être exploités par des employeurs négriers sous l’œil complaisant des pouvoirs publics, tout simplement avoir la peur au ventre lors de chaque mouvement, la rue devenant un espace d’insécurité légale.
Cela, c’est la vie quotidienne de dizaines ou de centaines de milliers de personnes. Toutes les déclarations martiales n’empêcheront pas cette réalité de subsister, voire de croître. De proche en proche, ce sont les étrangers en situation régulière qui sont victimes du même ostracisme, marqués aux sceaux des pires représentations, terrorisme et délinquance. Puis ce sont ceux et celles qui, de nationalité française, ressemblent à ces étrangers à priori délinquants, et subissent les mêmes avanies, les mêmes violences policières. Enfin, ce sont tous les habitants de France qui sont fichés parce que, simplement, accueillant leurs parents ou leurs amis. S’aimer est soumis à autorisation et à l’œil inquisiteur des autorités.
Ces mesures, cette politique créent le désespoir et attisent la haine. Elle s’empare de tous, y compris de ceux qui, par leur histoire ou leurs principes, devraient y être les plus opposés. Elle est indigne des principes qui fondent une démocratie, elle est tout le contraire de la France que nous aimons et de l’Europe que nous voulons. Nous savons que tout n’est pas simple et que nul ne détient de solutions magiques, mais nous savons aussi que ce n’est pas en agitant les vents mauvais de la xénophobie que nous répondrons à l’irrépressible envie de vivre de ces personnes.
Aujourd’hui, lors de notre 83ème congrès réuni à Lille les 3, 4 et 5 juin 2005, parce que, depuis plus d’un siècle, la LDH sait d’expérience que le sort réservé aux étrangers est révélateur de l’état d’une démocratie et de fraternité, nous en appelons à une autre politique qu’il nous faut construire au cours d’un réel débat démocratique. D’ores et déjà, nous n’admettrons plus que ces souffrances s’étalent dans nos villes, sur nos trottoirs ou dans nos écoles. La reconnaissance des étrangers, de leur humanité et donc de leurs droits passe par leur régularisation sans délai. C’est pourquoi, nous en appelons à l’insurrection des consciences.
Résolution d’urgence adoptée à l’unanimité, par acclamation.
Source : Ligue des droits de l’ Homme
Visitez le site de la Ligue des Droits de l'Homme - France (LDH - France)
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